CHAPITRE XV
Des limites posées par les lois icliérenles à la nature de rhonun^ à l'action dea gouverneinens.
 CHAQUE instant ^ nous exécutons des actions utiles^ ou nous nous abstenons d'exécuter des actions funestes^ sans être excités ou retenus par l'autorité publique ; la puissance des lois inhérentes à la nature humaine suffît^ dans un nom-^ bre infini de cas, soit pour nous faire agir^ soit pour nous empêcher d'exécuter certaines actions. Nous n'avons pas besoin qu'on nous c<taimande de prendre des alimens quand la faim nous presse ; et^ lorsque nous sommes atteints d'une maladie, nous avons recours au mçdecin, sans attendre l'ordre du magistrat. Toutes les fois que le bien et le mal d'une action ne s'étendent pas au-delà de celui qui l'exécute ou qui s'en abstient, on peut. s'en rapporter, pour la conservation de l'espèce, au besoin que chacun éprouve de se conserver, si d'ailleurs il ^oi a le moyen.
Notre conduite est la même dans beaucoup de cas où elle a, sur le sort des autres hommes, une influence plus ou moins étendue; un fermier la*
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boure^ sème et moissonne son champ^ sans que personne lui en ait donné l'ordre; un manufacturier ouvre ses ateliers^ et un marchand ses magasins , sans [qu'un commissaire de police les y invite ; un médecin visite et soigne ses malades , sans être conduit auprès d'eux par la geiidarmerie. Leur inaction pourrait cependant être fu^ neste à d'autres hommes : si les fermiers ne cultivaient pas leurs teires^ la £amine ne tarderait pas à se faire sentir; si les manufacturiers fermaient leurs ateliers^ et les marchands leurs boutiques^ des multitudes d^ouvriers mourraient de feim, et nous manquerions des choses les plus nécessaires ; si les médecins refusaient de visiter leurs malades^ beaucoup des gens seraient exposés à périr. Pourquoi les peuples ne redoutentils pas des calamités de ce genre? Pourquoi les habitans'des villes ne craignent-ils pai que, pour leur jouer un mauvais tour, leshabitansdes campagnes ne laissent leurs champs en friche^ et ne cessent de porter du blé au marché? Pourquoi les habitans des campagnes n'ont-ils pas peur, de leur côté, que les habitans des villes ne leur ferment leurs magasins ? les malades, que les méde^ cins ne se coalisent pour les priver des secours de leur art?
Nulle part de semblables craintes n'existent , et il n'est pas difficile d'en voir la raison; c'est que, dans chacun de ces cas, l'action porte avec elle sa récompense, et l'inaction son châti- I^ent. Le bien qui résuke de la culture des