‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 64 sur 69 · LIVRE II, GHARITBB XV · texte numérisé non relu

LIVRE II, GHARITBB XV

celui qai nous inspire le.plusde m^m ou d'a-^ v^rsion;^ n^est pas oelui 4|uî n'a que des penehans vicieux y puisque l'existence d'un tel indilridu n'est peutrétre pas possible; c'>est celui dont les mauvais penchans l'emportent habituellement sûr le& bons. Le degré d'e^ime que nous accordons à tel homme est donc en raisoqi de la faiblesse des inclinations funestes qui sont en lui , et de la force de ses inclinations vertueuses. Le degré dWersion que tel autre nous inspire^ est^ 9U contraire 9 en raison de la force de ses penchans yideux ^ et de la faiblesse de ses bonnes inclinations. Tous les biens et tous les maux qui résultent des actions humaines , sont produit^ par l'un ou par l'autre de ces deux genres de penchans (^).

Il ne s'est jamais rencontré de gouvernement qui se soit imaginé que son action devait être employée à seconder toutes les bonnes inclinations de l'homme^ ou à réprimer tous ses penchans

(i) Il est assez commun qae les sophistes profitent de Vcxistence de ces deux genres d'inclinations pour recommande» de grands malfaiteurs à l'estime publique , ou pour flétrir les plus beaux earaetères. Si un tyran ou quelques-uns deses satellites laissent échapper une de ces lueurs qui annoncent qu^ils appartiennent encore à Inhumanité; si, après avoir plongé dans le deuil et la désolation des populations entières, ils donnent quelques feibles marques de bienveillance à un petit nombre àé personnes qu'ils oublient l'instant qui suit . SI , après ^voir réduit des nations à l'état de servitude le phis intolérable , ils. donnent une ombre de liberté à quelqu'un de leui^ esclaves, on oublie tous les crimes présens et passés,

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vicieux. Une {>er8onne peut former la résolution de se bien conduire, ou de donner à ses enfans une bonne éducation ; si elle n'a pas la force d'exécuter ce qu'elle a résolu , elle ne trouvera hors d'elle-même aucune force qui vienne la seconder. De même, si ses inclinations la portent à la paresse , à l'intempérance , à l'avarice ou à d'autres actions qui lui sont funestes , ses mauvais penchans ne seront pas réprimés par la force de l'autorité publique. Cette force ne réprimera pas davantage sa vanité , son orgueil , son indiscrétion , quoique ces vices jpuissent lui causer divers préjudices, et qu'ils soient quelquefois offensife pour plusieurs membres de la société.

Plusieurs peuples ont tenté cependant de fortifier les inclinations vertueuses, et de combattre les inclinations vicieuses par la force de Tautorité publique. La censure, chez les Romains, n'avait pas d'autre objet. « Un censeur, dit Plutarque, a loi d'enquérir sur la vie, et de ré-

poor ne présenter aux yeux des peuples <iiie ces actes d'une bienveillance extraordinaire. Si, d'un autre càté, un homme qui a rendu à l'humanité les plus grands services, qui a répandu la lumière sur son siècle, ou qui n*a signalé sa vie que par des bien£|its, a le malheur de montrer un moment de faiblesse y de laisser échapper quelques mouvemens de vanité y d'impatience ou de mauvaise humeur , cela suffit pour -flétrir tout le bien qu'il a Caiit On justifie les crimes des premiers par la supposition de bonnes intentions qu'ils n'ont |M8 enes; on condamne les belles actions des seconds , en les attribuant à de mauvais motifk qui leur sont étrangers.

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former les mœurs, d'un, chacun , par#e que tes Romains ont estimé qu'il ne fallait p^s qu-il fut loisible à chacun , soi marier^ engendrer enfans^ TÎvre chez soi en privé, ni faire festins et banquets à sa volonté ^ sans craindre d'en être re* pris (4), p.Ce régime pouvait être tolérabiepbur un peuple militaire qui avait besoin d'être soumis à la discipline et à l'arbitraire des camps^ jusque dans l'intérieur de la vie domestique; mais il eût été aussi inutile qu'insupportable chez une nation industrieuse et cîvihsée. L'effet qu'il produisit rdativement aux mœurs , fut ooinplètemeot nui; car il est douteux qu'il ait jamais existé une nation qui ait eu plus de vices que le peuple de Rome. Les tentatives faites chez les nations modernes, pour réformer les mœurs par l'action directe de l'autorité publique, n'ont pas été moins vaines; les peines quelq^iefois excessives qui ont été prononcées con1»re certaines actions vicieuses, les réglemens à l'aide desquels on» tenté de mettre des bornes aux d^enses privées, n'ont produit aucun bien , et on a été obligé de les abandonner.

Si Fon recherche lès causes qui. ont fait renoncer à soutenir toutes les inclinations vertueuses^ et à réprimer* toutes les actions malfaisantes , par l'action del^autorité publique, on verra d'abord qu'en général on y a renoncé par Timpuîssance de réussir ; on verra, en second lieu, que la somme:

(i) Yk d« M. GatoxH

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de m^l pvodttite par cette actionna toi^^urs excédé la somme de bien.

Toutes les fois que l'ection ou l'inaotifon d'un hQmfiie ne s'étead pas aiMldà de kii-«ième:^ il n'y* a pas joioyea de l'atteiadre^ puisqu'il n'y a aiicuQ' moyen de le ^nvaÎBcré. Il.&udràit bu empéelieF' toutes les personnes desé trouver dbas un étal d'îsoieDieiit, bu àvoilr autant demirveillans qu'il existwait d'individus .• U n'est guère plus &Qi^le de réprimer les actions qui ontliiau entre deitt personnes de leur/ commun accord > lors^ qu'un tiers an'en est a£feeté qu'en raison «tes ïnau qu'elles se font à ellesHnémes. Les actions qui se passent dans l'intérieur desfEimilks^ sont égale-* ment bors de l'atteinte des -magistrats , à moins qu'elles ne laissent aie w suite dés marques auxquelles on peut évidemment les reoonnffiitre) telles que des violeiices graves (i).

L'action qu'un lK>mme >exeroe sur les.diooes qui sont à lui ^ est, dans certains cas;^ plus facile à constater^ que l'^iction qu'il exerce sur kiirmême. Aussi, dans les pays^mème où l'on à renoncé à

(i) En Angleterre, les lois prononcent encore des peines contré le suicide; mais les jurés en éludent toujours Tapplieati<5h ào môyÀ d'un mensôbge: dans tous 'les ca&, ib dé^ datant que la mort a éeé le tésnltat dé 1k YdKè, Mianiiy, Nous 'avons vu en France, sons le goarerBeineiàr impérial ^ des décrets qui punissaient la matilation de soi-même, et l'expatriation : c'était une conséquence de l'esclavage. Un gouvernement est jugé, quand ses sujets croient ne pouvoir se conserver que par la fuite ou par le sacrifice de lears membres.

réprimer par la force publique certaines atitiens vicieuses , on a cru qu'il n'ëtak pas imposinble d'eitipèclier un homme de consommer ses biens en fioUea dép&msr. U existe parmi nous des lois qui maiacent les prodigues d'intet^iction 5 <[ui leur défendent de cobtraeter d^ dettiss ou d'é-^ liéner certaines propriétés; mais, si Ton veut se donner la peine d'examiner qtiels sont y en réalité |^; les effets de ces prétendues Idtô , on sera coBivaineu qu'ils sont complètement nuls. Si un homme ^ qui n'est pas atteint de f(^ , et qui a la disposition de ses biens y a résolu de se ruiner, il est wa^èsi imfpossible de l'en empêcher, qu'il ^t impossible de l'empêcher de se donner fe mort , s'^il en «a le désir et :1a puissance. Les peines prononcées <x)0tre Ie.sjukîde ne sont plus à craînd^ quand on les a encourues^ il en est à peu près de mèioedecelles au moyen^ dasquelles on a prér tendu mettre des bornes à la prodigalité ; le mal est consommé quand -k magistrat arrive , et l'aotîon.de l'autoz^té n'a pas même l'avantage d'être un époi^vaiitail.

Les acftes * des . tgouvernemens q^i ^dnt *iroulu opérar par l'emploi de la foi^ce publique ^ ce, qui ae peut.étne qpâré qnetpair la force cfes mœurs , oat été jugést |»ar les mêmes iègies que toutes les halMtodes et les actiiims liumaines : idnies a condamnés , touljes les fois qu'on s'est aperçu que la somme des maux qui en résultaient, excédait la somme des biens , en prenant en considération l'intensité, la durée, la certitude et la proximité

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des U98 et des autres^ et surtooi le- aombre des perapBBes^ qui en sont afEectee^.

il résulte de là ^'il est des maux qnH nefimi pas espérer de détruire par l'emploi de k force, et des biens qvCuu tel moyen ne saurait produ^; il est des actions ou des hd>itudes funestes qu'on est obligé de tcdérer» à moins qn'on ne veniUe produire un mal {dus grave que celui qui résulte de ces habitudes ou de ces action» ^ d'nn autre c6té^ il est des actions ou des habitude» avantageuses qu'on ne peut pas exiget par Temploi de la force,, à moins tpi'on ne veuille perdre des biens plus grands que celui qu'il est posnble d'obtenir par ce moyen.

J'ai dit précédemment que Faetibn des loi» naturelles s'étend beaucoup-plus loin que l'action de l'autorité publique. On a tiré de là 1» consé^ quence que le point oir l'action du gouvernement ne peut plus s'exercer sans produire plus de mal que de bien^ est le point qui sépare la législation de la morale. Gela peut être vrai, quand on. ne voit dans la législation que l'art d'appliquer aux hommes ou aux choses^ l'action de l'autorité publique; mais quand on considère la législation comme une science:, iâ n'est pas possible de la séparer de la connaissance des lois qui sont inhérentes à notre nature, et qui agissent quand Vdctiojx du gouvernement ne se £ait plus sentir.

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