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les &it8 matériels par lesquels cette loi se manifeste (^).
Ayant décrit avec exactitude les phénomènes les plus simples qui se présentent^ il faut décrire avec la même exactitude ceux qu'ils engendrent^ et ceux par lesquels ils sont engendrés . Pour trouver ceux par lesquels ils sont produits, il faut les chercher alternativement dans les hommes et dans les choses. Dans les hommes, il &ut considérer leurs idées, leurs habitudes, leurs besoins, leurs passions, leur religion, leur gouvernement, et enfin l'influence qu'ils exercent les uns à l'égard des autres. Dans les choses, il faut considérer toutes les circonstances qui influent sur le nom-, bre^ les mœurs, l'industrie et la distribution de la population : telles que la nature du sol, la température de l'atmosphère, le cours des eaux, et d'autres analogues. En procédant ainsi, on ar* rive à des feits primitifs ou à des phénomènes
(i ) On p6ut olyjecter contre cette méthode qn'eUe nécessite des longueurs , et (|u'elle oblige l'esprit à s'arrêter sur des vérités triviales. Cela est vrai^ mais ce sont des objections qu'on peut faire contre toutes les sciences. Qu'y a-t-il de plus simple et de plus trivial que les descriptions que les botanistes nous donnent des plantes? Qu'y a-t-il de pins commun que des vérités telles que celles-ci : a et & font 4 ; qui de 3 ôte a reste i ? Ce n'est cependant qu'après avoir passé par des vérités de cette nature , qu'on peut arriver à résoudre les problèmes les plus difficiles. Il en est de même dans les sciences momies: c'est en observant les phénomènes les plus simples qu'on arrive à des résultats qu'an n'avait jamais, soupçonnés.
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dont on ne tt^ôu ve plus les causes ; là^ il Saxit s'ar* rêter , parce que au-delà on ne trouve plus que des ténèbres. On peut ne pas toujours remonter jusqu'à ce qu'on arrive à des causes inexplica- Ides ; mais il £aut cependant^ pour que les sciences ne soient pas des connaissances stériles^ passer d'un phénomène à un autre, jusqu'à- ce qu'on arrive à des £iits qu'il soit en la puissance des hommes de modifier. En morale et ea législa** tion y comme en toute autre science , on n'agit efficacement qu'autant qu'on agit sur des causes; Faction qu'on exerce sur des effets est presque toujours vaine, même quand elle n'est pas dan*^ gereuse.
Les phénomènes les plus simples et ceux qui les ont engendrés étant connus, il reste à exposer ceux auxquels ils donnent euX'-mêmes naissance, et à faire voir de quelle manière les hommes et les choses en sont affectés. Pour découvrir «tdé* crire ce troisième ordre de faits, il faut encore les chercher ou dans les hommes ou dans leB choses. Il faut cotisidéter les hommes dans leurs facultés physiques, dans leurs facultés intellectuelles^ et dans leurs facultés morales ou dans leurs passions. Il faut considérer les choseadans les qualités qui )es rendent propres à satisfaire les^ besoins des hommes. Je dis des komfnes^ et non pas die quelques hommes; des choses^ et non pas At quelques choses. Car lorsqu^on décrit les conséquences d'une action, d'ui^e habitude ou d'uQe loi, il faut les suivre aussi loin qu'elles s'éten*-
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deût| ou du moins aussi loin qu'on peut les aper^ ^ oevoir. U ne peut y avoir ^ dans les sciences mb-» raks^ pas plus que dans les sciences physiques ^ ni maîtres ni esclaves^ ni rois ni sujets^ ni ci*toyens ni étrangers. Il ne peut y avoir que das hommes ou des agrégations d'hommes^ diffîrant efttre eux par leurs habitudes y par leurs préju*gés , par leurs lumières^ par leurs prétentions ^ agiasaut bien ou mal les uns sur les autres, et portant des noms divers .
Mais quelles sont les causes et ies conséqu^ices qu'il faut décrire pour avoir une connaissance complète de l'objet qu'on étudie ? il est évident qu'il fiiut les décrire toutes y celles qui extttent dans rhoqime , et celles qui existent dans les choses^ celles que nous jugeons bonnes', comme celles que aous jugeons mauvaîseB : une description iH'* complète aurait les mêmes iiKonvéniens qu'une description &lusse. Un naturaliste qui, en dëcri^ vant une substance, ferait connaître les effets agréables qu'elle produit sur le goût, et^i, psar ignorance ou par oadkid, s'abstiendrait àedécmt les effets qu'eue |)r6dhiift«iur les viscères de l'esto* mac, ne serait pas seulement un savent p^M re^ commandable, oe serait un bottime «rès^n^ gereux. De même, oin 'écrivain qui , en feisant l'analyse d'une action , d'une hiibitadfe ou 4'une loi, les €tttribn»àît i 4e ifousses MUses, <qm en txpoaerait les bons efifetsM n'en décrirait pas les mauvais, ou n'en décrirait qu'une partie, «eraît un homme trèa^peu reMmmandabie comme sa-
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vant, s'il n'agissait ainsi que par ignorance ; mais^ s'il laissait sa description incomplète par intérêt ou par corruption ; si^ après avoir parlé comme savant^ il agissait comme législateur^ il serait dans le même cas que le naturaliste qui ferait usage de la force pour obliger les hommes à prendre le poison qu'il leur aurait présenté comme une substance agréable.
U n'est pas rare de voir attribuer la plupart des biens et des maux qui affectent les peuples^ à leurs habitudes morales^ à leurs institutions^ à leurs gouvernemens. On se tromperait cependant si l'on croyait que ce sont là les causes premières qui agissent sur les hommes^ et qui les rendent heureux ou misérables. Les institutipns et les mœurs des na'tions ne sont souvent elles-mêmes, ainsi qu'on le verra plus loin , que des effets de causes antérieures et plus puissantes. Si l'on ne remonte pas à celles-ci , ou si Ton n'a aucun moyen d'agir sur elles, c'est vainement qu'on tenterait de modifier celles-là. Il ne suffît donc pas,, pour faire faire des progrès à la législation ou à. la morale, d'exposer les efiFets bons et mau* vais qui résultent des mœurs , des lois ou des institutions. Il faut de plus remonter aux causes par lesquelles ces institutions et ces mœurs oilt été produites ^ il feuit , en allant d'un fait à l'au* tre, arriver à des faits primitifs, c'estr^-dire à ceux dont il ne nous est plus possible de trouver les causes.
L'application de la méthode analytique à l'é-r
LIVBB I, GHAPITaE.UI.
tude de Ja morale et de la législation^ exigeant qu'on décrive les effets bons et mauvais qui résultent des habitudes et des institutions humaines y en faire usage^ n'est-ce pas reproduire sous une forme nouvelle le système qui fonde ces deux sciences sur le principe de Futilité? Si Ton entend par principe une règle de conduite ^ je répondrai que les sciences découvrent les principes y mais qu'on ne forme pas une science en développant ou en appliquant une maxime de morale. Un savant décrit ce qu'il voit, mais il ne crée rien^ il ne conseille même rien; il peut démontrer que teTpEenomene^esnârconscquen^ de tel autre ; mais ce serait une folie de le consi- / dérer comme l'auteur de tel ou tel phénomène. Les sciences morales diffèrent des autres par la nature des faits qui en sont l'objet ; elles ne peuvent en différer ni par la méthode^ ni par la puissance qui est propre à la vérité. Si^ lorsqu'un savant a décrit avec «exactitude les effets qui résultent de certaines causes^ les nations tendent à détruire celles qui leur sont funestes et à multiplier celles qui leur sont utiles , et si cette tendance est un mal ^ ce n'est pas à la science qu'il faut en faire le reproche; c'est à celui qui a créé la puissance de la vérité^ ou qui a donné à la nature humaine la tendance à laquelle elle obéit. La description des effets et des causes qui les engendrent, n'impose, au reste, aucune obligation aux adversaires du principe de l'utilité. Après l'avoir lue et en avoir vérifié l'exactitude, ils
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pounrOBt^ s'îlleurplaît, n'en tenir aucun compte; il» pourront, comme auparavani, dirig>er teur conduite ou parleur sen^ moral, ou par leur sentiment intime, ou par leur intérêt bi^d en* tendu, ou par tel autre principe qu'il feur plaira. En lisant la description des causes et de$ effetsd'une institution, ils n'auront acquis qu'tine seule chose , c'est de connaître d'avance les résultats qu'elle produit, et de savoir comment il &ut s'y prendre pour la cons^ver ou pour la détruire (4).
Lçs descriptions de ce genre peuvent avoir sans d^tedes dangers; c'est un déâiut commun à toutes les sciences. Le jour où un chimiste eut prouvé que telle substance employée de telle manière donnait la mort , tous les hommes pos-
(i) lie principe de YntUitéy (fue M. Jérémie Bentham a fiiijt aenir de base à ses tpaité» de iégtsh|tioa , a été foiteoient alttaquéy soit ea Angleterre^ soileaJFranee; el ce qu'il y a d» singulier y c'est qu'il a été atta^qçé^ dans cq dernier pays, pair un écrivain qui presque toujours a eu pour but dan^ ses écrits de faire triompher V utilité publique sur YuUlité particulière (Voyez la préface de Touvrage de M. Benjamin Conatant sur la religion). On a considéré le principe de M. Bentham comme une nouveauté dangereuse ; cependant au teoAps oi^ Qroti^ls ^fH^Aii, cette nouiveaiilé aTBÎtdéjèi pluia de dei» mille ans d'^i^çnce; et4epiwi Grotius jjt^sqai'A nos jours , il n'est presque poî^t de publicistes qui n^ l'aient adoptée. Ce qui est véritablement nouveau, ce sont le^ attaques, dont ce principe a été f objet en théorie : les phis anciennes, datent de h^ publication des ouvrages de M. Bentli^m.
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sesseurs de cette substance eurent le moyen de s'empoisonner, ou même d'empoisonner d'au^ très personnes. L'analyse^ appliquée à la morale et à la législation , peut aussi indiquer aux peu* pies le moyen de se détruire ou de se rendre mi>«sérables., si cela leur conyient. Lorsqu'il leur n été démontré , par exemple , que telle habitude énerve les organes physiques et af&iblit l'intel-' ligaice, ceux qui voudront produire de semblables effets sur eux-^méme& ou sur les autres , en auront un moyen assuré. De même , lorqu'il leur aura été démontré que telle institution est un obstacle à leur prospérité, ou une cause de dé^ gradation et de ruine ^ tout peuple ou tout gouvernement qui voudront obtenir quelqu^un de ces effets, en auront un moyen infaillible. Cesin*canvéniens, qui sont inévitables, et qu'on rencontre dans toutes les sciences^ sont fort peu.dangereux; popr qu'ils fiissent à craindre, il faudrait que le penchant du genre humain le portât vers aa deatruction; ^ s'il y était porté, ce ne sont pas les moyens d'exécution qui kiimanqua['aie3»t. Si l'application de la méthode analytique à l'étude d^ la morale et de la législation n'a pas d'autre but que de &ire eonnaître les causes et le^ effets des actions et des institutions humaines^ on ne peut pas dire qu^elle est dangereuse, à moins de prétendre que les bonnes mœurs et les bonnes lois sont inséparables de Tignoranoe et de Terreur, et que les hommes cessent de bien se conduire et <fe se bien gouverner, ausaîtèl
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qu'ils connaissent les malheurs attachés à une législation et à une conduite vicieuses. Un élo* quent écrivain a bien soutenu^ sans en être per-' suadé, que le développement des sciences avait contribué à corrompre les mœurs ; mais il n'est pas allé jusqu'à prétendre qu'il fallait attribuer la corruption des mœurs à la science de la morale^ et les mauvaises lois à la science de la législation. Une science ne détruit que deux choses^ l'ignorance et l'erreur ; elle n'est funeste qu'à
; une classe de personnes ^ à celle qui trouve dans
i l'ignorance et les erreurs des hommes des moyens
L de vivre à leurs dépens.
Quoique les hommes qui aspirent à former les sciences de la morale et de la législation ^ se bornent à observer des faits, à les décrire avec exactitude, à en montrer l'enchaînement, et à les classer dans l'ordre qui leur est assigné par l'analogie ou par la manière dont ils. s'engendrent, il faut bien se garder de croire que leurs travaux soient inutiles. Les maximes que produit l'esprit de système sont toujours sujettes à contestation, et ne peuvent avoir une ^influence très-étendue ni très-durable ; les principes qu'on découvre par une exacte observation des faits , ont une autorité à laquelle rien ne peut longtemps résister, et qui est aussi durable que l'espèce humaine. Les devoirs ou les droits qui ré-
j sultent de ces principes sont des conséquences inévitables de notre nature j la science les trouve et les proclame, mais ce ne sont pas les savans
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qui les imaginent et les imposent. Un homme qui fait des recherches sur les causes^ la nature et les conséquences des actions ou des institutions humaines^ n'a pas plus d'autorité sur les peuples^ que n'en a, sur des ' artisans , un homme qui fait des recherches sur la mécanique. - L'un et l'autre peuvent décrire les phénomènes relatifa aux sciences dont ils s'occupent ; l'un et l'autre doivent exposer les conséquences d'un bon ou d'un mauvais procédé ; mais il n'appar- / tient pas plus au premier qu'au second d'imposer des devoirs à ses semblables.
Il est des personnes qui se hâteront peut-être de conclure de là^ qu'en traitant ainsi les sciences morales^ elles sont inutiles si elles ne sont pas funestes. Je ne serais même pas étonné que ce rieproche me fût adressé par les mêmes écrivains qui considèrent l'utilité comme l'ennemi le plus dangereux de la morale^ et qui s'imaginent que le genre humain serait perdu^ s'il s'avisait de se diriger d'après ses véritables intàrèts.
'Ces écrivains sont difficiles à contenter; ils condamnent un auteur qui^ dans ses ouvrages y dit des choses inutiles, et* ils l'accusent de cor^ rompre les moeurs , s'il enseigne à juger les choses par l'utilité dont eÛes sont. Au riscpe d'encourir ce dernier reproche, je vais tacher 4e prouver cpi'en réduisant les sciences de la législation et de la morale à la connaissance des faits qu^ sont de leur domaine, elles ne sont pas inu-* tiles au progrès des mœurs études institutions.
50 TRAITÉ DB LÉQISLATKIir.