‹ Traite de legislation, ou Exposition des lois generalesChapitre 9 sur 69 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De rinfluence de l'analyse sur le perfecdonnement dea lois et des mœoTs.

/ Â mesure que les peuples se sont éloignés des I temps de barbarie^ à mesure qu'ils sont devenus ; plus éclairés et plus industrieux ^ leurs mœurs j et leur institutions se sont perfectionnées ; ceux que des circonstances accidentelles ont rete* nus ou replongés dans Tignorance^ sont aussi ceux qui s<nit les plus corrompus et qui ont les plus mauvaises lois. Les hommes qui ont lu avec ''' quelque attention les descriptions que les historiens et les voyageurs nous ont données des mœurs et des lois des nations andenoes et mo*dernes, n'ont pas besoin qu'cm leur démontre cette proposition ; quant aux autres , ils en trouvèrent la démonstration dans le cours de cet ouvrage. Je dois ici me borner à feire une Ample exposition de ce phàiomène^ et à en rechercher les principafes causes.

Si nous comparons entre eia les peuples que BOUS connaissons^ nous trouverons que les plus adonnés à l'intempérance y à la perfidie ^ à la ven^ geance^ à la cruauté; au vol , au méprisa des en-

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gagemena ^ à l'oppression enmrs le» femmes ^ les en&ns et tous les êtres £&iblès^ sont ceux qui sont les plus sauvages /les hordes qui vivent dan» les forêts de l'Amérique , d^B» les déserts de l'Aifri^ue ou dana les îles cjtes mers du sud^ ce seut ensuite les nations que le despotisme a r^on^ gjées dans la barbarie et ramenées en quelque sorte à l'état sauvage^ qui se montrent adonnées aux mêmes vices. Il n^est pan posiiKle de trouver, chez une nation sauvage^ un seul vice qui n'appai^ tienne pas à une nation que Tesclavagé a abrutie j la cruauté ^ la trahison , l'intempérance ^ la véuà^ Uté , la perfidie ^ et les autres vices qui se manifestent au sein des palais étatiques ^ sont lea mânes que ceux auxquels se livrent les hordes les plus sauvages.

Si nous comparons les périples anciens aux peuplés nlodernes les plus avancés dans la civili^ sation , nous trouverons entre les uns et les autres les mêmes différences. En lisant^ dans notre ern fance^ l'histoire de quelques hommes oélèbvf s de l'iHatiqUité, nous prenons l'habitude d'attribut aux populations entières tes vertus^ é^nn trè&^etit nombre d'iôdividus. Nous né rèmairquons pas que oes vertus ont dû frapper d'autant plus les historiens^ qu'elles étaient moins communes^ et que leséloges accordés à quelques grands hommes sont la satire des nations dont ils feisaient partie. Nous admirons la chasteté 4'un géii^al qui ne fait pas violaace à ses captives , et la probité d'un administrateur qui ne vole pbs le trésor, pubtto^

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comme si nos mœurs ou nos usages rendaient de »tels procédés bien extraordinaires ! comme si nous étions habitués à considérer comme des prodiges ceux de nés généraux qui n'ont fait vio-^ lenee à aucune femme après la victoire, ou qui né se sont pas enrichis par le pillage des nations vaincues !

Mais sans vouloir rabaisser le mérite de quel-* ques hommes célèbres de l'antiquité, ce n'est pas en comparant entre eux un petit nombre d'individus , qu'on peut juger les mœurs des nations. Il faut examiner quelles étaient chez les anciens les mœurs générales des diverses classes de la population, «t les comparer aux mœurs des mêmes classes chez des nations plus éclairées : or , en les jugeant de cette manière, tout l'avantage est du côté des peuples dont les Betcultés intellectuelles ont été le plus développées. £st*il <;hez les peuples un peu civilisés de l'Europe, un gouvernement qui use envers la population dfe plus d'impostures et de fourberies que le sénat de Rome envers le peuple romain f Est-il en Europe une population plus avide et plus vénale que ne le fut la population romaine, aussitôt qu'il se trouva des hommes assez riches pour la payer ? Est-il dans le monde entier une aristocratie plus disposée à s'enrichir par le pillage et les rapines que ne le fut l'aristocratie romaine , depuis son origine jusqu'à son anéantissement? Est -il, même chez les peuples les moins éclairés, une armée aussi avide de pillage avant le combat ,

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aussi féroce après la vijctoire, ^oe les armçês roumaines^ dej^is le commencement jusqu'à la fin de la république? Est-il chez les modernes une population qui ait jamais pris^ à yoir verser le sang humain^ le même plaisir que le peuple de Rome ? Est-il^ enfin^ un peuple qui se soit aban^ domié avec moins de retenue à des plaisirs plus crapuleux^ lorsque le pillage des nations lui en eut fourni les moyens ?

Siy portant nos regards sur une des nations de . l'Europe moderne^ nous comparons les mœurs qui ont existé aux diverses époques de notre histoire) nou* trouverons les mêmes différences que BOUS remarquons lorsque nous comparons des nations entre elles . Nous verrons les vices décroître à mesure que les intelligences se dévelop-^ pent ^ nous les verrons se restreindre graduellement, dans les classes de la société qui restent le pluB- étrangères aux progrès de l'esprit hmnaini U y a peu de siècles^ les crûmes et les vices qui offensent le plus la. société^ se faisaient principa-^* lement remarquer dans cette partie de la- population, qui^ dans tous les pays^ estle plus en évî-* dence. Les meurtres^ les vols, les violences d^ toutes les espèces, enfin les vices que nous ju-* geons aujourd'hui lès plus bas, semblaient appartenir exclusivement à la partie dominante de la population. Les moeurs des autres classes^ n'étaieat pas meilleures sans doute, mais on jugeait qu'elles ne valaient pas la peine d'êtreobeervées. A mesure qne les lumières -se sont répandues,

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^e l'iodustrie a fait ides progrè«, les vicea et les /cHiyïe^. 3e k>at. restreints dans un cercle plus ^roit,. Les aoaales judiciaires de France et d'Ai> gleterre prouvent que, ^ns le dernier siècle^ une ^raode partie des^ criminels appartenaient encore à la dasse «aoyenne et à la classe élevée de la soCîébé« Aujourd'hui^ si l'on &it exception d^s abus de pouvoir, que les kw n'atteignent pas, rien n'est plus rai^e que de:rencontrer des crimindis dans Tune ou l'autre de ces- classes. JNon-*seul$nient les crimes sont devenus moins communs;. ils sont aussi devenus moins atroces: ,on les trouve raren^nt aecompagnés de ces qru^iiites froides et réfléchies, ai oonununea chez les peuples du moyen âge et dans les cours asia* tiques.

Les institutions ont géBeralem^it éprouve k^ fibèmes changemens que les^^ mœinl's ; qudque élôigikëfés qu'elles^ soient <ençorts de la perfection^ dks ont £Kit d'âmmenaes pirôgrès depuis deuî: stèples. Danspràsque tousles pays 4^ l'Europe , elles fixent .mieux l'étet des familles ; elfes garan^ tissent iBieqX'la -sûreté des personnes et des pro*priétés contre les atteintes privées; elles foilt naieuK exécuter tes eoh Tentions, aasorenJt mieux aux; propriétaires lai disposition de ieursbiens ^ et «a règlent ik répartition^ entre -les membres de^ familles, d'ime>mafaiènBplus équitable;' eniîn> la justice s'administre dfune manière plus régCK lièrey soit en. matière ^criminelle; soil en matière civile. L^ pays les moins industi^ieuis et les moin»

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(éclairés^ t^s que la Russie^ la Pologne et l'Aii-^ triche^ 6ont ceux où la législation est restée k plus vicieuse. Les pays où les lumières ont fait le plus de progrès, tels que FAngleterre, la France, les Pays-Bas et une partie de la Suisse ^ sont ceux on elle est la plus avancée. Ce n'est pas à la différence qui peut exister entre les cours , qu'il faut attrÂiuer ce perfectionnement; car elles ont toutes et les mêmes lumières et les mêmes mœurs (^).

Les progrès de la morale et de la législation, en Burope, étant incontestables , il reste à savoir quelles en ont été les causes. L'esprit de système attribue ordinairement tous les événemens heureux à une Cause unique, et tous les événe* mens fuûestes à tout ce qui est contraire à cette cause. Ainsi , je ne doute pas que quelques per^ ) sonnes n'attribuent à la religion chr^enne tous* les progrès qui ont été faits en morale et en législation, et qu'ils n'attribuent à l'incrédulité tous les vices et tous les crimes qui ont existé. Elles ne remarquent pas que la religion chré-*-. tienne était au moyen âge ce qu'elle est aurjonr^ d'iiai; que les peuples du temps des croisades

(1) Une àatioo |>lti3 éctaîrée qè'iuiè aatcv peut avoirce^ pendant une légùladoii plas vicieuse, si ^Ue â le malkeur d'être voisine de nations barbares qui influent sar la marche de son gouvernemeut. Ainsi quelques états de TEurope 9 ïe\sj par exemple, que ceux d*ttalie et la France , peuvent , sous cettains rapports, être moins avalncés que les États-Unis d'Amérique, sans être m(>ins édatuâs.

5Ç TAAITB DB LÉGISLATIOJir.

avaient au moifeis une loi aussi robu3te que lés peuples de nos jours^ et que toutes les nations de FEurope n'ont pas fait les mêmes progrès, quoiqu'elles aient eu le même évangile; D'autres attribuecmit les progrès des mœurs uniquement à l'accroissement des richesses et à l'aisance qui eu est la suite, oubliant que les !l^omains, dans les derniers temps de leur république, étaientbeau* coup plus riches que leurs ancêtres, sans valoir cependant beaucoup mieux. D'autres enfin attri* hueront ce phénomène au triomphe du sens moral ou du sentiment religieux , sans se mettre en peine de nous expliquer ce que c'est que ce sens ou ce sentiment, ou de rechercher quelles sont les causes qui en ont amené letriômphe.

Une multitude de causes ont contribué au perfectionnement des mœurs et des institutions ; cefui qui voudrait les exposer toutes serait obligé de faire l'histoire de la civilisation , et de tracar le tableau de toutes les connaissances humaines, car toutes y ont plus ou moins concouru. Je ne prétends donc point attribuer ce perfectionnement à un seul principe : tout ce que je me propose ici est de faire voir comment la connais sance que nous avons des causes et des résultats des habitudes et des institutions humaines^ agit sur le perfectionnement des unes et des autres. / Faire Tapplication de la méthode analytique I à une action , à une habitude, à une institution, 1 c'est, ^vons-nous dit, exposer clairement et I avec méthode les causes^ la nature ^ et les effets

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