‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 10 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VII

pouvaient pas trouver les mêmes ressources dans la population libre ; ils n'y avaient ni parens , ni amis, ni patrons. Néanmoins , ils parvinrent à former des conspirations, et se montrèrent quelquefois redoutables à leurs possesseurs ; mais leurs efforts, trahis par leur inhabileté dans les armes , n'eurent pas d'autres résultats que d'augmenter la dureté des maîtres, et d'accroître les malheurs des victimes.

L'orgueil qui se manifesta dans l'aristocratie romaine , dès le moment de sa formation , ne fit que s'accroître à mesure que les patriciens étendirent leur pouvoir sur un plus grand nombre d'esclaves. Les hommes qui n'appartenaient pas à cette caste et qu'on désignait sous le nom de plébéiens, furent d'abord tellement avilis , qu'ils furent exclus des fonctions civiles , des fonctions sacerdotales, et des commandemens militaires. Les patriciens , craignant de souiller la pureté de leur sang par des alliances avec des plébéiens , firent une loi pour interdire aux membres de leur corps d'épouser des femmes plébéiennes.

En même temps que l'aristocratie opprimait , en qualité de corps privilégié, la multitude placée au-dessous d'elle , chacun de ses membres vendait sa protection à une fraction de cette multitude. Cette "protection ne diminuait en rien les

constance que la plupart des créanciers appartenaient à l'aristocratie, on comprendra pourquoi les lois contre les. débiteurs insolvables furent toujours si cruelles.

privilèges des patriciens , puisque , dans chaque cause , les protégés n'avaient pour appui qu'un seul individu contre l'aristocratie tout entière ; mais elle était une source de profits pour les prétendus protecteurs. Les cliens, qui ne pouvaient pas épouser les filles de leurs patrons, étaient obligés de leur faire une dot quand elles n'étaient pas riches. Ils devaient de plus les racheter eux et leurs enfans s'ils tombaient en servitude. Toute personne qui n'appartenait pas à la classe aristocratique était obligé d'y choisir un patron, et tout homme qui avait un patron était abject (1).

Si l'orgueil des grands était excessif à l'égard des individus qui se trouvaient dans les rangs des plébéiens > il était bien plus énergique encore à l'égard des hommes qui avaient passé par l'état d'esclave. Le titre seul d'affranchi inspirait un tel mépris pour celui qui le portait , qu'il a passé jusqu'à nous à travers les siècles et les révolutions. Ce mépris ne s'arrêtait pas sur les individus sortis d'esclavage : il passait à leurs

(i) Denys d'Halicarnasse , livre xi, paragraphe 3o , t. II , p. 487- — Les aristocraties modernes ont été moins habiles que l'aristocratie romaine : elles ont souvent, comme celle-ci, absorbé les richesses des hommes qu'elles considéraient comme avilis ; mais ce n'a été qu'en s'a! liant à eux. Pour avoir la dot, il a fallu épouser la femme; un patricien romain laissait la femme et prenait la dot. Par ce moyen, il maintenait la splendeur de sa race sans en souiller la pureté. J.-J. Rousseau regrettait que cette institution antique des patrons et des cliens n'eût point passé jusqu'à nous.

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