‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 9 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VII

devienne redoutable, qu'elle soit accompagnée de tourmens qui excèdent par leur intensité , toutes les douleurs répandues dans le cours de la vie. Il fallut donc que les grands qui voulaient punir de mort leurs esclaves , imaginassent des supplices propres à effrayer les hommes pour lesquels la vie elle-même était devenue un tourment. Ces supplices ne pouvaient être déterminés que par les caprices des maîtres , puisque les lois ne voyaient dans les esclaves que des propriétés; l'usage de les déchirer à coups de verges , et de les clouer ensuite à une croix , fut le genre de supplice le plus généralement adopté. Les tourmens de l'individu qu'on avait ainsi cloué , duraient plusieurs jours avant que la mort vînt y mettre un terme, à moins que, par pitié, l'exécuteur n'eût attaqué quelqu'une des parties essentielles à la vie (4). Les écrivains qui nous ont donné la description de ce supplice , ne disent pas qu'on en ait exempté les femmes , ni même les enfans de l'âge le plus tendre, qu'on condamnait à périr quand leur maître était mort par une cause inconnue (â).

(1) Quod si servi de salute dominorum consulerinty sum tno supplicio, id estcruce, afficiuntur. Pauli sentent, lib. V, tit. xxi, § iv.

(2) Il résulte, au contraire, d'un passage de Plaute, que les femmes étaient mises en croix comme les hommes :

Continuo herclè, ego te dedam discipulam cruci.

Aulularia , act. i, scen. n.

On n'a cessé de faire périr des esclaves en les clouant sur une

Cependant, il est un degré de misère qu'aucune crainte ne saurait rendre supportable ; les esclaves romains se révoltèrent souvent, malgré le soin que prenait l'aristocratie de les abrutir et de les diviser. Les nombreuses séditions que les historiens rapportent sont presque toutes causées par les cruautés exercées sur des débiteurs réduits en esclavage (i). Les esclaves d'origine étrangère ne

croix, que lorsque lés empereurs romains ont eu adopté la religion chrétienne ; et ce qu'il y a de remarquable dans l'abolition de cet horrible supplice , c'est qu'elle a été amenée, moins par un sentiment d'humanité envers les hommes asservis , que par le respect qu'inspirait le fondateur de la religion chrétienne; on les a jugés indignes de mourir du même genre de mort que l'auteur delà religion du prince.

Il paraît que les Romains, après avoir cloué vivant un esclave sur une croix, ne l'en détachaient plus, et le laissaient là jusqu'à ce qu'il tombât en lambeaux. Cela me paraît d'autant plus vraisemblable qu'ils n'ensevelissaient jamais les cadavres des ennemis restés sur le champ de bataille. Ces deux causes réunies étaient plus que suffisantes pour infecter le pays; aussi fut-il attaqué de la peste presque aussi régulièrement que la Turquie l'est de nos jours. L'histoire de Tite-Live constate qu'elle se manifesta onze fois dans le cours d'un siècle , savoir : dans les années 288 , 3oi , 32o, 322,327, 3/|4, 355, 363, 367, 371 et 391 delà fondation de Rome. Lorsque ce peuple barbare était infecté de la peste, il n'en recherchait pas plus les causes et ne prenait pas plus de précautions que les Turcs ; mais il chassait les savans et faisait des processions.

( 1 ) Les patriciens ne pouvaient jamais tomber dans l'esela- ^age de leurs créanciers, leurs cliens plébéiens étant dans l'obligation de payer leurs dettes. Si l'on ajoute à cette cir-

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