LIVRE V, CHAPITRE XVII. I
mains de ses esclaves , toutes les professions privées , il en résultait que tout homme qui n'en faisait point partie, étaitesclave ou prolétaire. Un tel ordre social avait une grande analogie avec celui que les Mameloucks établirent en Egypte, quand ils substituèrent leur domination à celle des Arabes. Il existait dansjles deux pays une aristocratie peu nombreuse qui vivait dans le faste, une multitude d'esclaves qui servaient d'instrument à ses plaisirs, et une populace misérable que tourmentait le sentiment de son inutilité, et qui n^avait aucun moyen d'existence qui lui fût propre (i).
Dans l'Attique, les esclaves, suivant quelques écrivains, étaient aux personnes libres dans la proportion de huit à un ; cette proportion est
(1) Quelques écrivains de notre temps croient avoir aperçu beaucoup de ressemblance entre nos ouvriers ou nos artisans, et les prolétaires romains; ils les ont même désignés par le même nom. Il était difficile de faire un usage plus malheureux de cette érudition de collège; car il n'existe pas la moindre ressemblance entre nos ouvriers et les individus auxquels on les a assimilés. Les prolétaires ne se livraient à aucun genre de travail, et n'avaient pas d'autres fonctions que la propagation de l'espèce; c'était même de là qu'était dérivé leur nom. Us ne vivaient que de distributions gratuites qui leur étaient faites , aux dépens des classes laborieuses , par la classe aristocratique. Us n'ont d'analogues ch,ez nous que parmi les vagabonds et les mendians de profession. Quand on leur asssimile les ouvriers et les artisans des temps modernes, on n'entend pas dire que les hommes de ces deux classes n'existent qu'au moyen des distributions gratuites qui leur sont faites par l'aristocratie.
celle qui existe dans quelques colonies modernes. Il en est quelques-unes dans lesquelles elle est moins forte ; mais aussi nous devons remarquer qu'une grande partie des objets consommés par l'aristocratie coloniale, sont produits par des ouvriers libres qui appartiennent à d'autres nations. Si nous comparons , parmi nous , le nombre des hommes qui se livrent à la pratique des arts ou des professions que l'aristocratie romaine faisait exploiter par ses esclaves, au nombre des personnes qui ne se livrent à aucun travail véritablement productif, nous verrons que la proportion des premiers aux seconds est plus que de huit à un. Quand même on admettrait que, chez les Romains,, la population esclave était moins nombreuse, comparativement à la population libre qui ne se livrait à aucun genre de travail , on serait encore obligé de convenir que la première était fort considérable.
Cette division de la population en trois grandes classes étant bien entendue , il est facile de voir comment se répartissaient entre elles les richesses qui étaient annuellement produites dans l'étendue de la république.
Suivant Plutarque , un patricien romain prétendait qu'un citoyen ne pouvait pas se dire riche, s'il n'avait pas le moyen d'entretenir une armée. On pourrait être tenté de conclure de là que la population jouissait de richesses immenses; mais pour écarter une telle conclusion il suffit de se rappeler comment la population était divisée,