CHAPITRE XVII
De l'influence de l'esclavage sur la distribution des richesses entre les diverses classes de la population.
La population romaine, au temps de sa plus grande puissance, se divisait en trois grandes classes : l'aristocratie , qui s'était emparée de toutes les terres et qui jouissait du monopole des emplois militaires et civils; les esclaves, qui se livraient , au profit de l'aristocratie , à la pratique de tous les arts et de tous les métiers nécessaires à l'existence d'une nation ; et les prolétaires qui vivaient de distributions gratuites ou de la pratique clandestine de quelques professions privées.
Jamais l'aristocratie romaine ne jugea convenable de faire le recensement de ses esclaves; nous ignorons donc quel était le rapport des hommes de cette classe à ceux des deux autres classes ; mais il est facile de voir que le nombre des hommes asservis excédait de beaucoup le nombre des personnes libres. Dans les campagnes, les travaux que demande l'agriculture, soit dans les champs, soit dans l'intérieur des maisons, étaient exécutés par des esclaves ; il en était
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de même des arts qui fournissent des outils ou des bâtimens aux agriculteurs. Ainsi , toute la population agricole et celle qui fabriquait les instrumens de son travail, était la propriété de l'aristocratie (i).
Dans les villes , les emplois de l'intérieur de chaque maison depuis celui de portier jusqu'à celui d'instituteur , étaient remplis par des esclaves. Les arts, les métiers, le commerce, qui sont nécessaires à l'existence d'une nombreuse population , étaient également exercés par des esclaves, au moyen de capitaux qui appartenaient à leurs maîtres. L'aristocratie avait envahi par les mains de ses esclaves, les professions les plus élevées comme les métiers les plus avilis , toutes les fois qu'elle avait cru pouvoir en tirer quelque profit. Elle faisait élever des hommes pour exercer à son profit la médecine , la chirurgie ou pour remplir les fonctions de professeurs , comme elle en faisait élever pour le métier d'histrion , de gladiateur ou d'autres qu'elle jugeait infâmes (â).
Il n'existait donc aucune classe intermédiaire, ni même aucune classe analogue à celle de nos ouvriers ou de nos artisans : l'aristocratie qui s'était emparée des terres, ayant envahi, par les
(1) Laurentii Pignorii patav. de servis Commentarius , p. 252-280.
(2) Laur. Pignor. patav. de servis Comment., p. 4o-25o. — Pauli Sent., lib. Hï, tit. vi, §§ 70-72.