‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 101 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XVII

et de voir quel était le sort de chacune des classes dont elle se composait.

Les esclaves dont le nombre était immense et qui remplissaient toutes les fonctions privées , exercées parmi nous , non - seulement par les classes ouvrières, mais encore par les classes moyennes , ne possédaient rien en propre. La plupart de ceux qui cultivaient les terres , enchaînés comme des forçats, étaient presque nus; ils se nourrissaient des alimens les plus grossiers, et habitaient dans des antres souterrains, où ils étaient enfermés pendant la nuit. Ceux des villes , qui étaient attachés au service personnel des maîtres, étaient moins misérables ; quelquesuns pouvaient même jouir d'une certaine aisance; mais aucun n'avait rien qu'il pût dire à lui. Ceux qui se livraient à l'exercice des arts et du commerce, faisaient partie des richesses mobilières de l'aristocratie.

Les hommes qu'on désignait sous le nom de prolétaires, n'étaient guère moins misérables que les esclaves; ils ne possédaient point de terres, et la plupart n'avaient pas d'habitations dans lesquelles il leur fût permis de se reposer. Les arts ou les métiers, étant exercés par des esclaves au profit de l'aristocratie , il n'existait, en général , pour les prolétaires, d'autres moyens d'existence que les distributions publiques , ou quelques métiers qu'ils exerçaient clandestinement. Le nombre d'individus de cette classe que renfer-r mait la ville de Rome, dans les derniers temps

de la république , s'élevait à plus de trois cent mille ; c'était les deux tiers de la population libre.

Il restait donc environ cent mille personnes qui n'étaient ni esclaves , ni obligés de vivre de distributions gratuites ; mais , entre un homme qui se trouve dans la classe des mendians, et celui qui vit dans l'abondance , il existe une multitude de degrés intermédiaires. On ne peut pas douter que, dans cette troisième classe, il n'y eût un nombre plus ou moins grand de familles aisées ; mais on ne peut pas douter non plus qu'il n'y en eût beaucoup qui touchaient à la classe des prolétaires, ou qui étaient accablés de dettes.

Les richesses se trouvaient donc concentrées dans un très-petit nombre de mains; et toute la classe laborieuse i même celle qui pratiquait les arts libéraux était considérée comme faisant partie de ces richesses; elle était mise au rang des choses. Dans les temps même où la république paraissait avoir atteint le plus haut degré de prospérité, l'immense majorité delà population vivait dans la misère la plus profonde ; elle était plus pauvre et plus avilie que ne le sont , chez les modernes , les individus placés aux derniers rangs de l'ordre social. Les grands qui possédaient des richesses , ne les avaient point créées par leur industrie; ils les avaient ravies aux peuples industrieux qu'ils avaient vaincus. La fortune d'un patricien ne se composait que des débris des fortunes de plusieurs milliers de familles; un

Page 1