LIVRE V; CHAPITRE XVIII. 2ig
Les Espagnols > ayant envahi la partie la plus civilisée de l'Amérique , n'eurent pas besoin d'acheter des Africains pour leur faire cultiver le sol. Les indigènes restèrent attachés à la culture, et le régime auquel ils furent assujétis, eut plus d'analogie avec le système féodal qu'avec le genre d'esclavage établi dans les îles. Aussi, quoique l'esclavage domestique ne fût point prohibé dans les colonies espagnoles , il n'y existait qu'un trèspetit nombre d'esclaves au moment où elles se sont déclarées indépendantes, et ces esclaves étaient traités d'une manière moins dure que dans aucun autre pays (4).
examen particulier pour chaque province, et l'on manquerait de documens à l'égard de plusieurs. Au temps où Raynal écrivait , il n'évaluait la population du Brésil qu'à huit cent deux mille deux cent trente-cinq individus (tome V, liv. ix , p. 20 1 et 202) ; tandis que M. de Humboldt croit que, vers la même époque, elle s'élevait à un million neuf cent mille ames. (Nouvelle-Espagne, supp., p. 142 et i43.) Raynal évaluait le nombre des esclaves de la province de Rio-Janeiro à cinquante- quatre mille quatre-vingt-onze, et le nombre des esclaves de toute la colonie à trois cent quarante-sept mille huit cent cinquante huit [ibid., p. 202) ; tandis que Cook portait, en 1768, le nombre des esclaves et des hommes de couleur , de la seule ville de Rio-Janeiro , à six cent soixante mille. (Premier voyage, liv. i, ch. 11, t. II , p. 299.) Le secret dans lequel le gouvernement portugais tenait ses établissemens coloniaux, est plus que suffisant pour expliquer ces contradictions.
(1) Si, dans les républiques du sud de l'Amérique, on comparait l'accroissement qu'a éprouvé la classe des conquérans , à l'accroissement qu'ont éprouvé les autres classes de
Le nombre des esclaves s'accroît donc, en général , d'une manière plus rapide que celui des maîtres; cependant, l'accroissement n'est pas uniforme dans tous les cas ; il arrive quelquefois que les proportions varient. Plusieurs causes contribuent à ces variations ; les principales sont , tantôt l'affranchissement, et tantôt l'importation d'un plus grand nombre d'esclaves. Si , par quelques circonstances accidentelles , le nombre des affranchis est plus considérable dans une année que dans une autre, le nombre des maîtres pa-
la population , on arriverait probablement à des résultats semblables à ceux que je viens d'exposer. M. de Humboldt estimait , en 1808, la population totale des cojonies espagnoles à treize ou quatorze millions d'habitans , et , dans ce nombre, il ne comptait qu'environ trois millions d'individus de race européenne. Il fallait donc qu'à cette époque il y eût déjà dix ou onze millions d'individus indigènes, noirs ou de sang mêlé. Les Espagnols éprouvent aux Philippines un sort analogue à celui qu'éprouvaient les Mamelouks en Égypte. '< On ne compte dans l'île entière de Luçon, dit La Pérouse, que douze cents Espagnols, créoles ou européens. Une remarque assez singulière , c'est qu'il n'y a aucune famille espagnole qui s'y soit conservée jusqu'à la quatrième génération , pendant que la population des Indiens a augmenté depuis la conquête, parce que la terre n'y recèle pas, comme en Amérique, des métaux destructeurs dont les mines ont englouti les générations de plusieurs millions d'hommes employés à les exploiter. » (La Pérouse, tome IV, p. 127, 128,) Si, dans le nord de l'Europe, les seigneurs comparaient la proportion dans laquelle se multiplient les esclaves , on serait probablement fort étonné des résultats de la comparaison,