‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 12 sur 253 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De l'influence de l'esclavage sur les mœurs des maîtres et des esclaves dans les colonies modernes , et particulièrement au cap de Bonne-Espérance.

Les effets que l'esclavage de la glèbe a produits sur les mœurs des maîtres et des esclaves , après la chute de l'empire romain , sont analogues à ceux que j'ai exposes dans le chapitre précédent; cependant ils se sont manifestés avec moins d'énergie , parce que la domination a été moins violente. Chez les Romains , l'esclavage produisit, dans la race des maîtres, le mépris de tous les travaux industriels ; chez les modernes , il a produit un effet semblable, et cet effet n'a pas complètement cessé. Chez les premiers, pour vivre honorablement, il fallut subjuguer des hommes par la ruse ou par la force , s'emparer des richesses déjà produites par eux, et les forcer à en reproduire de nouvelles pour s'en emparer encore ; chez les seconds , il n'a été permis de s'enrichir que par le pillage des nations vaincues, ou par les contributions levées sur les classes laborieuses; les richesses acquises par l'industrie et le commerce ont été long-temps con-

sidérées comme viles , et dignes tout au plus des affranchis. Les premiers repoussaient des fonctions publiques toutes personnes qui n'étaient pas sorties de leurs rangs ; les seconds ont tenu la même conduite/ toutes les fois qu'ils en ont eu la puissance. Ceux-là considéraient toute alliance avec une famille qui n'appartenait pas à l'aristocratie, comme propre à souiller la pureté de leur sang ; ceux-ci ont porté un jugement semblable. Il serait inutile de pousser plus loin la comparaison , puisque, parmi nous, il n'existe rien de semblable à ce qui avait lieu en Europe avant la chute de l'empire romain.

Habitués à juger des peuples de l'antiquité par des héros de théâtre ou par les descriptions fantastiques des poètes, nous ne pouvons passer des possesseurs d'esclaves des anciens temps, aux possesseurs d'esclaves des temps modernes, sans faire à nos idées une forte violence ; cependant, dans tous les pays , à toutes les époques et chez toutes les races , des causes semblables ont produit les mêmes effets.

Nous avons vu, dans le quatrième chapitre de ce livre, que, dans les colonies modernes où l'esclavage a été établi , les maîtres ont considéré le travail comme avilissant, et qu'ils ont cessé de s'y livrer. Sous ce rapport, ils ont été dans la même position que les possesseurs d'hommes de l'antiquité ; mais , sous d'autres rapports, leur position a été différente. L'aristocratie romaine, pour remplacer les esclaves que les misères at-

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