‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 13 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VIII

tachées à la servitude faisaient incessamment périr, pour en multiplier le nombre, pour dépouil - 1er les nations dont ils convoitaient les richesses, et pour se garantir des agressions étrangères, était obligée d'être sans cesse en état de guerre. Les hommes qui forment l'aristocratie coloniale chez les modernes , n'ont pas été dans la même nécessité ; ils n'ont pas eu besoin de faire la traite à main armée; d'avides spéculateurs l'ont faite pour eux. Ils n'ont pas eu besoin de s'exercer aux armes pour leur défense; les gouvernemens sous la protection dequels ils ont acquis des esclaves, se sont chargés de les garantir des dangers auxquels les exposaient leur cruauté, leur orgueil et leur avarice. Il n'ont pas eu besoin de se procurer par les armes les objets de luxe qu'ils ne peuvent obtenir du travail de leurs esclaves : des gouvernemens ont établi, à leur profit, dans la mère-patrie , le monopole de la vente des denrées que ces esclaves peuvent produire, et ce monopole leur a donné le moyen d'acquérir les richesses qui ne peuvent être produites que par des mains libres. Ils ont été délivrés ainsi de tout travail de corps et d'esprit ; ils n'ont eu qu'à s'abandonner à l'oisiveté , et à s'occuper de leurs jouissances physiques ; et c'est en effet à cela que se sont bornés leurs soins.

Les possesseurs d'esclaves du cap de Bonne- Espérance ne connaissent pas de jouissances plus vives que de se livrer à l'oisiveté, et de satisfaire leur appétit : boire , manger , dormir , faire

quelques visites, sont les principales occupations d'un colon (4). Pour un homme qui appartient à l'aristocratie coloniale, tous les jours se ressemblent, et voici comment il en fait l'emploi. A peine est-il levé , qu'il boit son café et fume sa pipe en se promenant en bonnet de nuit, devant sa porte ou autour de sa maison. A neuf heures, il déjeûne copieusement , reprend sa pipe , se promène ou fait des visites jusqu'à midi. A midi, il se remet à table, fait un dîner plus copieux encore, se couche , et dort jusqu'à cinq heures. En se réveillant , il reprend sa pipe , se met à boire, se promène ou fait des visites pendant trois ou quatre heures. A neuf heures, il se remet à table ; on lui sert huit, dix, et même vingt plats de viande et de poisson, accommodés de diverses manières 5 il boit et mange comme si ce qu'il a bu et mangé dans la journée n'avait fait qu'aiguiser son appétit. C'est ainsi , dit Barrow, que tous les jours ce glouton s'abandonne à la paresse et s'engraisse dans le sommeil (2).

La gloutonnerie et l'oisiveté ne sont pas le partage seulement des membres de l'aristocratie, qui vivent à la ville. Les fermiers eux-mêmes sont d'une paresse sans égale, dans toute l'étendue de la colonie; dormir et manger est l'emploi

(1) Barrow, Nouveau voyage, tome II, chap. v, p. aoo et 2Qi.

(2) Barrow, Nouveau Voyage dans la partie méridionale de l'Afrique, tome I, chap. t, p. i3o et i3i. — Levaillant, deuxième Voyage, tome I, p. 46 et 47.

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