LIVRE V, CHAPITRE XX
plois publics , plus grande encore que celle que nous observons dans la plupart des états de l'Europe. S'ils avaient recherché de quels rangs sortaient les aspirans,il ne faut pas douter qu'ils n'eussent trouvé que le plus grand nombre appartenaient à des familles possédant ou ayant jadis possédé des esclaves. Il est un fait irrécusable qui confirme cette observation ; c'est le grand nombre d'hommes qu'ont fourni au gouvernement fédéral les états exploités par des esclaves. L'état de Virginie seul en a fourni plus qu'aucun des états du nord, quoiqu'il leur soit de beaucoup inférieur par l'industrie, par les richesses et par les lumières. Dans les états du nord , où l'esclavage est à peu près aboli , on naît agriculteur, manufacturier, commerçant, artisan. Dans les états du sud , quand on naît possesseur d'esclaves, on naît pour le gouvernement, à moins qu'on ne soit propre à rien (4).
(i) « La dynastie virginienne, comme on l'a appelée , je crois avec raison , est un sujet de plainte dans toutes les autres parties de l'Amérique. Cet état a fourni quatre des cinq présidens , et un grand nombre d'occupans de tous les autres emplois du gouvernement. » Fcaron, 6th report, p. a93.
Quand la Louisiane a été abandonnée aux États-Unis, les Anglo-Américains se sont jetés avec tant d'avidité sur les emplois publics , qu'ils les ont exclusivement occupés , quoiqu'ils ne connussent ni la langue ni les lois du pays. Robin, tome ïï, ch. lv, p. 387.
L'avidité des emplois publics n'est pas un'vice particulier à une époque ou à une nation. C'est un mal qui peut être le
1>44 TKAITÉ DE LÉGISLATION.
L'existence de l'esclavage poussant les hommes de la classe des maîtres vers les emplois publics, leur faisant un besoin de s'enrichir par ce moyen, et leur donnant en même temps les préjugés et les habitudes de l'arbitraire, il reste à voir quelles sont les ressources que présentent les diverses classes de la population , à un homme qui aspire à se maintenir dans le pouvoir ou à l'usurper, et à établir le despotisme.
Je dois faire observer d'abord que les mêmes mots n'ont pas, dans un pays où l'esclavage est établi , le même sens qu'ils ont dans un pays où il n'existe point d'esclaves. Lorsque des maîtres d'esclaves disent que les propriétés doivent être garanties , ils n'attachent point à ces mots la même signification que nous. A leurs yeux, gale résultat d'an grand nombre de causes ; voici ; je crois , les principales :
i° L'existence de l'esclavage , ou les préjugés nés d'un tel état ;
2° Le monopole, de. la part du gouvernement, d'un nombre plus ou moins grand de professions privées, transformées en emplois publics ;
3° Une grande facilité de parvenir aux emplois , sans frais et sans capacité;
4° La sécurité attachée à l'exercice des fonctions publiques, ou l'inviolabilité des fonctionnaires;
5° Des salaires ou des honneurs sans proportion aux travaux à exécuter;
6° L'insécurité attachée à l'exercice des fonctions privées et les vexations auxquelles sont exposées les personnes qui les exercent.