‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 124 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XX

rantir les propriétés , c'est abandonner à leur arbitraire les hommes , les femmes , les enfans , que la force leur a soumis ; porter atteinte à la propriété , c'est mettre la population asservie à l'abri de la violence. Cela étant entendu , on comprendra facilement comment il est de l'intérêt de la population esclave, de seconder de tous ses efforts les hommes qui aspirent à l'asservissement des maîtres.

De tous les genres de despotisme, il n'en est point de plus actif, de plus violent, de plus continu que celui qu'exerce un maître sur ses esclaves. Les violences et les extorsions qu'exerce un despote sur la masse d'une population , ne sont rien en comparaison des extorsions et des violences qu'ont exercées, de tout temps, la plupart des maîtres. Les sujets de Tibère et de Néron, qui n'appartenaient individuellement à personne, étaient des hommes heureux, en comparaison de ces multitudes d'esclaves que les propriétaires romains faisaient travailler dans leurs champs, chargés de chaînes, stimulés à coups de bâton , privés de vêtemens, nourris d'alimens grossiers , et enfermés pendant la nuit dans des cavernes souterraines. Le sort des paysans de Perse est cent fois préférable à celui des esclaves des colonies françaises , hollandaises ou espagnoles.

L'intérêt de tous les esclaves les dispose donc à seconder tout ambitieux qui se présente pour asservir la race des maîtres • quand même leurs

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efforts auraient pour résultat d'établir le gouvernement le plus tyrannique qui jamais ait existé, ce gouvernement serait pour eux un bienfait.

Entre les hommes qui composent l'aristocratie et leurs esclaves , il est une classe pour laquelle l'asservissement des premiers est un progrès : c'est la classe des affranchis. Les hommes de cette classe ont à gagner , de trois manières , à l'établissement d'un gouvernement absolu. D'abord, ils cessent d'être exclus des fonctions publiques, l'aristocratie n'ayant plus la nomination aux emplois. En second lieu, ils sont moins avilis, parce que les maîtres peuvent moins facilement les opprimer , et que le pouvoir établi au-dessus d'eux, les met tous au même niveau. Enfin, l'aristocratie peut moins facilement s'emparer du monopole des professions industrielles par les mains de ses esclaves. Le gouvernement, ne pouvant pas exploiter chaque individu en particulier, est obligé d'établir des impôts sur la masse de la population, et il faut qu'il accorde une sorte de protection à toute personne qui travaille.

Dans l'ancienne Rome, tous les hommes qui tentèrent d'établir un gouvernement despotique, cherchèrent et trouvèrent un appui dans les classes de la population qui n'appartenaient, ni à l'aristocratie, ni à ses esclaves, c'est-à-dire parmi ceux qu'on désignait sous le nom de prolétaires. jNous voyons d'abord les hommes de cette classe vendre , en leur qualité de citoyens,

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