‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 128 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XX

le spectacle continuel de la violence et de la servilité ; mais cette ressource ne peut être employée que par des familles riches , et par conséquent elle est sans influence pour la plupart des maîtres.

Une troisième circonstance qui a pour effet de modifier les effets de Fesclavage, est la faculté qu'ont les hommes libres de la classe industrieuse d'émigrer chez les nations où le travail n'est point avili. L'usage de cette faculté condamne les nations esclaves à rester éternellement stationnâmes ; mais aussi elle délivre en partie les maîtres des dangers qu'aurait pour eux une classe nombreuse qui n'aurait ni propriétés, ni industrie. La facilité de l'émigration n'est pas la même dans tous les pays ; elle est plus grande chez les Anglo-Américains du sud , qu'elle ne Test dans les colonies françaises. Le danger n'est donc pas égal pour tous les possesseurs d'esclaves.

Les effets de l'esclavage sont modifiés par une quatrième circonstance chez les Anglo-Américains du sud ; par l'influence qu'exercent sur eux les états du nord. Il est évident, en effet , qu'un des principaux résultats de la fédération est de prévenir , dans les états du sud, soit les usurpations de pouvoir, soit les insurrections des esclaves. La division du pays en divers états indépendans, contribue également à rendre les usurpations difficiles. Un homme qui parviendrait à subjuguer un état, pourrait n'avoir pas le moyen de subjuguer les autres.

En exposant les diverses manières dont les An-

glo-Américains agissent sur les esclaves, il en est une qui paraît incroyable, tant, dans nos mœurs, elle est absurde et cruelle ; c'est l'interdiction absolue imposée à tous les maîtres d'apprendre à lire à leurs esclaves. Un maître qui couperait les mains ou qui crèverait les yeux à un des hommes qu'il considère comme sa propriété , serait puni, par les autres maîtres , moins sévèrement que s' il lui avait appris à lire et à écrire. Cette loi ne doit pas être considérée comme une atrocité gratuite ; elle est une des conditions de la liberté et de la sécurité des maîtres. La liberté d'un peuple ne saurait se maintenir, si chacun ne jouissait pas de la faculté de publier ses opinions ; mais aussi la servitude ne saurait se perpétuer dans un pays où la publicité règne, Les Anglo-Américains du sud qui composent la classe des maîtres , voulant rester libres , ont admis , pour tous les hommes de leur classe , la faculté illimitée de publier leurs opinions. Voulant en ^même temps perpétuer la servitude parmi eux, ils ont fait une loi de l'abrutissement des esclaves ; ils ont déterminé qu'ils les rendraient assez stupides pour que la liberté de la presse ne pût contribuer en rien à leur instruction. Si les esclaves savaient lire , il se trouverait bientôt des affranchis qui sauraient écrire; et, dès ce moment, les maîtres ne pourraient plus assurer leur repos, qu'en soumettant à une censure préalable tous les écrits qui seraient publiés ou introduits sur leur territoire. Ils seraient, par conséquent ,

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