‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 129 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XX

obligés de renoncer à une des portions les plus précieuses de leur liberté, à celle qui sert de garantie à toutes les autres (i).

Cependant, les Anglo-Américains sentent déjà vivement les maux attachés à l'esclavage , et ils voudraient s'en débarrasser ; mais comment s'y prendre? S'ils déportent annuellement une partie de leurs esclaves» les naissances excéderont les déportations; car il faudra qu'ils assurent la subsistance des déportés, et cela en réduira de beaucoup le nombre. S'ils les affranchissent, il faudra les éclairer et leur donner ou leur permettre d'acquérir une industrie ; alors ils se multiplieront rapidement. Ils profiteront des avantages de la publicité ; ils voudront exercer les droits de citoyens, et les blancs les jugeront redoutables. Si, pour prévenir les dangers de leur domination, les hommes de la race des maîtres renoncent à une partie de leur liberté, s'ils soumet-

(i) Les Hollandais établis aux Moluques emploient un moyen analogue pour maintenir leurs sujets dans la servitude. «Ils se gardent bien, dit Labillardtère , de leur apprendre leur langue maternelle, afin de n'en être pas entendus lorsqu'ils conversent entre eux. » Voyage à la recherche de La Pérouse, ch. vin, tome I, p. 355.

C'est paj des motifs analogues que les prêtres d'Egypte employaient , entre eux , un langage inintelligible pour la population qu'ils avaient assujétie.

Les druides , dont le pouvoir n'était guère moins absolu que celui des prêtres d'Égypte, employaient aussi, suivant le témoignage de César, une langue que le peuple ne pouvait pas comprendre.

tent les écrits à une censure préalable, ils auront à craindre que, pour les opprimer , leurs gouvernemens ne cherchent un appui dans les hommes de la race affranchie.

Il est cependant un moyen de maintenir les affranchis et leur postérité dans l'avilissement et la sujétion : c'est d'interdire aux hommes de cette classe de donner à leurs enfans aucune instruction. .Ce moyen, auquel je n'avais pas pensé, quand j'ai publié la première édition de cet ouvrage, vient d'être mis en pratique dans un des états de l'Union. S'il a pour effet d'éloigner la catastrophe qui se prépare , il aura certainement aussi pour résultat delà rendre plus terrible, et, je le dis à regret, beaucoup plus méritée.

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