CHAPITRE XXI
De l'influence qu'exerce, sur le sort des esclaves, la nature du gouvernement auquel les maîtres son assujétis.
Un grand nombre de causes diverses peuvent influer sur le sort d'une population esclave ; mais parmi ces causes, il en est peu dont l'influence soit plus sensible que celle qu'exerce la nature du gouvernement auquel les maîtres sont assujétis. Il est évident que plus les maîtres sont libres dans l'action qu'ils exercent sur les choses et sur les personnes qu'ils considèrent comme leurs propriétés, moins la servitude a de limites. Aussi, chez les peuples de l'antiquité, l'esclavage le plus dur pour la population laborieuse , se trouvait toujours là où la classe des maîtres jouissait du plus haut degré de liberté.
Dans les colonies modernes, les esclaves ont toujours été plus ou moins misérables , selon que leurs maîtres ont exercé plus ou moins d'influence sur le gouvernement auquel ils ont été soumis. Les esclaves des colonies hollandaises étaient traités avec plus de brutalité , l'on peut même dire de cruauté, que ceux des colonies
iGo TRAITÉ DE LÉGISLATION.
anglaises. Ceux-ci étaient, en général, traités avec plus de rigueur que les esclaves des colonies françaises, et ces derniers étaient plus misérables que les esclaves des colonies espagnoles. La protection accordée à la population esclave , était donc en raison inverse des garanties accordées aux membres de l'aristocratie coloniale.
Il est vrai que les esclaves des colonies anglaises sont ceux qui jouissent aujourd'hui de la protection la plus efficace ; mais cette protection n'est pas le résultat de l'influence que les maîtres exercent sur le gouvernement de la métropole. Elle n'a commencé, au contraire, à leur être eccordée, que lorsque le pouvoir de l'aristocratie coloniale s'est affaibli , et que la population anglaise , également étrangère à la domination et à la servitude , a trouvé le moyen de faire prévaloir ses sentimens et ses intérêts dans les délibérations de son gouvernement. Ce fut par suite d'une influence de même nature que les esclaves des colonies françaises furent tous déclarés libres, dans les premières années delà révolution. L'aristocratie coloniale perdit son pouvoir , quand elle cessa d'être soutenue par les restes de l'aristocratie féodale ; la décadence de la première fut une suite naturelle de la chute de la seconde.
Le mouvement qui, chez les Romains, portait les affranchis et les esclaves , soit à seconder les chefs de l'armée dans leurs projets contre la république , soit à devenir les instrumens des em-