‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 14 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VIII

de toute leur vie. Ils laissent incultes des terres qui fourniraient aux besoins d'un grand nombre de familles industrieuses 5 ils renoncent même à se procurer du pain et des végétaux salutaires, plutôt que de se livrer à un léger travail. Ils se contentent de la chair que leur fournissent leurs troupeaux , parce que, pour l'obtenir, il ne leur faut ni travail, ni intelligence (1 ) .

Les femmes ne sont pas moins paresseuses que les hommes : elles se lèvent , boivent , mangent et dorment aux mêmes heures que leurs maris. Leurs occupations se bornent à gourmander leurs esclaves et à leur assigner leur travail. Elles se débarrassent même du soin de leurs enfans , quand elles en ont le moyen : elles les abandonnent à la garde et aux soins de leurs esclaves (â).

Chez les Romains, l'aristocratie appartenant à la même espèce d'hommes que les esclaves , les enfans nés dans la servitude n'apportaient , en venant au monde , aucune marque au moyen de laquelle on pût juger des liaisons qui existaient entre les femmes esclaves et leurs maîtres. Il n'en a pas été de même dans les colonies modernes ; toutes les fois qu'une femme esclave a donné le jour à un enfant, on a pu juger , par la couleur de cet enfant, à quelle espèce d'hommes appartenait son père. lia été d'autant plus diffi-

(1) Barrow, ibid., tome I, chap. r, p. 96 et 97, et tome II, ch. v, p. 172.

(2) Ibid., tome I, ch. i, p. i3i et i32.

cile de se tromper sur les liaisons des maîtres avec les femmes asservies, qu'il n'y a jamais eu de mariage entre les blancs et les noirs. Tout enfant de sang mêlé a été le produit d'une union illégitime , et souvent il a été le fruit de la violence du maître sur son esclave. Pour connaître quels sont les effets que l'esclavage produit sur les mœurs, relativement à l'union des sexes, il est peu nécessaire de rechercher, dans les voyageurs, quelles sont les relations qui existent entre un maître et les femmes qu'il possède à titre d'esclaves ; il suffit d'examiner quelles sont les couleurs diverses entre lesquelles la population se partage.

En arrivant au cap de Bonne-Espérance, Lev aillant fut surpris de la multitude d'esclaves blancs qu'il y vit (i). Jamais cependant aucun blanc n'a été réduit en esclavage dans ce pays ; les esclaves , au contraire , y ont toujours été d'origine éthiopienne. Comment est-il donc arrivé que leurs descendans sont devenus blancs ? par une longue suite de violences des maîtres sur les femmes réduites en servitude. Des liaisons des maîtres avec des négresses sont nées des filles mulâtres ; de leurs liaisons avec celles-ci sont nées des filles moins foncées encore. Enfin , les traces du sang éthiopien ont disparu , et les esclaves ont fini par être de la même espèce que leurs possesseurs. *

(i) Levaillant, premier Voyage, tome I, p. 76.

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