LIVRE V, CHAPITRE XXI. 26l
pereurs , n'était donc pas aussi aveugle qu'on serait tenté de le penser. Il avait pour but et devait avoir pour résultat la ruine du pouvoir des membres de l'aristocratie, et , par conséquent , le relâchement de l'esclavage des classes laborieuses. Quand Marius et César formaient des armées de prolétaires, et qu'ils recevaient des esclaves au nombre de leurs soldats, ils n'adoucissaient pas seulement le sort des hommes qu'ils élevaient au niveau des citoyens, ils préparaient des instrumens pour accomplir l'asservissement des maîtres. Les prolétaires, les esclaves, et même les affranchis, avaient, en effet, un intérêt commun à la ruine de l'aristocratie : pour eux , la liberté des possesseurs "d'esclaves était le plus terrible des fléaux. Aussi les empereurs trouvèrent-ils toujours chez les hommes de ces trois classes, de dociles et redoutables instrumens.
La destruction du pouvoir de la classe aristocratique produisit , pour les autres classes de la population, divers avantages. Les affranchis furent moins avilis ; sous Justinien , les droits de citoyen leur furent indistinctement accordés (1 ). Ils furent donc admis aux emplois publics, concurremment avec les anciens maîtres ; plusieurs parvinrent aux fonctions les plus élevées Les prolétaires, qui avaient combattu pour venger la mort de César, furent mis en possession, par
(i) NOVEL. LXXVIII.
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Octave et par Antoine, de presque toute l'Italie (/I). Les esclaves, qui, par leurs travaux , fournissaient à tous les besoins de la société , éprouvèrent surtout de nombreux et notables changemens dans leur situation. Ces changemens, il est vrai, ne s'opérèrent qu'avec lenteur; mais jamais ils n'auraient eu lieu, si la classe aristocratique avait conservé sa puissance.
L'aristocratie romaine eut à peine perdu sa liberté, que les esclaves commencèrent à éprouver les beureuses conséquences de son asservissement. Auguste chargea le préfet de la ville de les protéger contre les violences et contre les désirs de leurs maîtres. Il rendit ainsi ce magistrat arbitre des plaintes qu'ils pouvaient former contre les cruautés de leurs possesseurs (â).
L'empereur Claude réprima la cruauté des maîtres qui faisaient périr leurs esclaves vieux ou malades, en les exposant dans une île située au milieu du Tibre, ou de toute autre manière. Il fit rendre un sénatus-consulte qui ordonnait , qu'en pareil cas , le maître dont l'esclave serait mort , subirait les peines ordinaires de l'homicide (5). Il fit ensuite rendre une loi qui défendit aux maîtres, sous de fortes peines, de faire combattre leurs esclaves contre des bêtes
(1) Plutarque, \ic de M. Brutus.
(2) Lips. ad Sen. de Benef. III, 21. — Dig., lib. 1, tit. xn, liv. 1 , § 1 et vin.
(3) Suet. Claud., cap. xxv. — Dio Ca*s., Hist. l*.