‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 134 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXI

Il prépara par ses lois , ainsi que Ta remarqué Gibbon , l'abolition complète de la servitude domestique (-1).

Enfin, l'empereur Basile voulut que le mariage des esclaves fût assimilé à celui des personnes libups , et il ordonna aux prêtres de le consacrer par les cérémonies de la religion (2). Il est vrai qu'il n'eut pas le pouvoir de faire exécuter son décret ; mais son impuissance à cet égard ne prouve qu'une chose, c'est que le despotisme impérial n'avait pas entièrement dépouillé les maîtres de leur influence.

Le despotisme des empereurs qui fut, pour les hommes de la classe aristocratique, un fléau si terrible, fut donc une cause de progrès pour la classe des esclaves } et cependant il fut insuffisant pour assurer aux personnes de cette dernière classe une part équitable dans les produits de leurs travaux. Il fallut, pour qu'elles fissent de nouveaux progrès, que des calamités plus redoutables encore que le despotisme des plus mauvais empereurs, vinssent fondre sur les maîtres. On verra bientôt quelles furent ces calamités, et comment l'asservissement de toute la classe laborieuse les rendait inévitables.

Des causes analogues à celles qui, chez les Ro-

(i) History of the décline andfall of the Roman Empire, cap. xliv, vol. VIII, p. 5o. — Voyez aussi le Mémoire de M. de Burigny, inséré dans le XXXVe volume des Mémoires de l'Académie des inscriptions, p. 3/,8 et suiv.

(a) Just. graeco-rom., liv. II. p. i/t6.

mains amenèrent l'asservissement et la destruction de l'aristocratie antique , ont produit , chez les modernes , l'asservissement et la destruction de l'aristocratie féodale. Les rois ont tiré des soldats du sein des populations asservies , et à l'aide de ces soldats, ils sont parvenus à subjuguer les possesseurs d'esclaves , et il ne leur a pas ensuite été bien difficile de s'en débarrasser. On a prétendu que les rois avaient dônné la liberté aux serfs de leurs domaines : cela n'est pas exact; ils la leur ont vendue , et ont contraint à se racheter ceux qui n'en avaient pas le désir. Ils ont également vendu des franchises à des villes ou à des communes de leur dépendance , et dans ces ventes , ils n'ont pas eu la pensée de faire acte de générosité (4).

Il résulte des faits qui précèdent une vérité qui mérite d'être consignée ici : c'est qu'une classe aristocratique, quelle que soit son origine, ne saurait long-temps conserver son indépendance et sa liberté , quand elle se trouve placée entre un prince qui tient dans ses mains toutes les forces du gouvernement , et la masse de la population du sein de laquelle sortent les soldats. Une telle aristocratie peut conserver quelquesuns de ses privilèges, tant que la majorité de ses membres partage les passions du prince qui gouverne , ou qu'elle se résigne à être l'instru-

(0 Voyez les ordonnances de Louis Xt des 2 et 5 juillet 1 3 1 5 . Anciennes lois françaises, tome III, p. 102 et io3.

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