LIVRE V, CHAPITRE XXII
sur les côtes de l'Afrique ou de l'Asie mineure. Lorsque les peuples barbares fondirent de toutes parts sur l'empire, ils ne trouvèrent donc que des contrées à moitié désertes, et peuplées par des hommes pour lesquels l'invasion était un bienfait plutôt qu'une calamité. L'histoire ne nous dit pas ce que devenaient, à mesure que les conquérans avançaient dans le pays , les familles aristocratiques qui se trouvaient placées au milieu de leurs esclaves ; mais nous pouvons nous en faire une idée, par ce qui arriva, dans le dernier siècle, à la Pologne, dans la guerre qui en amena le partage (4).
Avant que la Pologne eût été partagée , son extrême faiblesse , résultat nécessaire de l'esclavage de la partie la plus nombreuse de la population , avait frappé les esprits. « Le plus faible de ses ennemis , disait un historien , peut impu-
(i) Ce fut la tendance qu'avaient les esclaves à chercher un refuge contre la cruauté de leurs. maîtres, chez les nations barbares, qui fit établir des peines terribles contre les esclaves convaincus d'avoir fait de pareilles tentatives.
«Si fugitivi servi àejirelien&antur ad bar baros transeuntes : aut pede amputato debilitentur , aut métallo dentur, aut qualibet alia pœna afficiantur. »
Ce décret de Constantin fut modifié long-temps après : au lieu d'amputer un pied à l'esclave, on se contenta de l'amputation d'une main. (Cod. Just., lib. vi , tit. vi, p. 3 , de servis fugitivis.)
Les Hollandais, dans leurs colonies, ont employé la même peine d'amputation pour punir un délit de même genre. Voyez Supra, ch. ix, p. 56.
iiément, et sans précaution, entrer sur son territoire , y lever des contributions , détruire ses villes, ravager ses campagnes, massacrer ses habitans ou les enlever. Sans troupes , sans forteresses, sans artillerie, sans munitions, sans argent, sans généraux, sans connaissance des principes militaires , quelle résistance pourraitelle songer à opposer ? Avec une population suffisante , assez de génie , et des ressources pour jouer un rôle, la Pologne est devenue l'opprobre et le jouet des nations (4). »
Dès que le gouvernement russe eut formé le dessein d'asservir cette nation , il commença par exciter des soulèvemens parmi les esclaves. Des écrits séditieux furent répandus parmi les paysans, ou affichés aux portes des églises ; en même temps , des émissaires secrets étaient envoyés dans les campagnes , pour exciter des insurrections. Une troupe de sauvages zaporoves venaient à la suite des missionnaires russes et fournissaient des armes aux insurgés 3 ceux - ci , dit Rulliière , les conduisaient de maisons en maisons. Tout ce qui n'était pas de la religion grecque, vieillards, femmes, enfans, gentilshommes, valets, moines, artisans, juifs et luthériens, tout fut massacré. Toute la noblesse éparse dans ses maisons en Ukraine y fut égorgée (2).
(i) Raynal, Histoire philosoph. des deux Indes, t. X, liv. xix, p. 60.
(a) Rulhière, Histoire de l'anarchie de Pologne, tom. III,
liv. ix et x, p. 9^ et 9/i, 7,1 1\ et ai 5.