‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 146 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXII

tence ? au milieu d'eux , d'une multitude d'esclaves. Non-seulement l'esclavage les prive des secours qu'ils trouveraient dans une milice de deux cent mille hommes , mais il exige d'eux une force suffisante pour tenir dans la servitude cette partie de la population. Une puissance qui porterait sur leur territoire quelques régimens de noirs ou d'hommes de couleur, parlant la langue de leurs esclaves pourrait renouveler chez eux le spectacle qu'a présenté la Pologne à l'époque de l'envahissement des Russes. Le soin que prennent les Anglo-Américains de tenir leurs esclaves dans l'abrutissement , en s'interdisant ; sous des peines sévères, de leur apprendre à lire, rendrait les provocations à la révolte un peu plus difficiles; mais aussi les insurrections n'en seraient que plus terribles, car les esclaves les plus abrutis sont toujours les plus féroces (/I).

(1) « Les propriétaires de nègres se plaignent déjà que depuis que la population noire augmente , ils sont moins soumis , plus remuans qu'ils ne l'étaient autrefois. Tous ces symptômes devraient les aviser de la prompte nécessité de faire quelque chose pour préparer une fin à cet état d'esclavage , qui sera tôt ou tard d'un grand danger pour les maîtres; mais on s'endort sur ce danger comme sur tous les autres, et, dans ce cas comme dans tous les autres , on reconnaît que la prévoyance est nulle parmi le peuple américain. » De Larochefoucault-Liancourt, Voyage aux États- Unis , troisième part., tome VI, p. 86.

Il y a déjà trente ans que M. de Larochefoucault a fait ces observations, et, depuis celte époque , le nombre des esclaves est beaucoup augmenté.

Tant que les principales îies d'Amérique seront exploitées par des esclaves, les dangers que présente l'esclavage pour l'indépendance des Anglo- Américains du sud, seront moins grands, parce que les possesseurs blancs se feront un scrupule .d'employer des moyens qui compromettraient leur propre existence ; mais cet état ne durera pas toujours. Déjà une des îles les plus étendues et les plus fertiles n'est possédée que par des nègres ou par des hommes de couleur libres. L'Angleterre tend à l'abolition de l'esclavage avec cette constance qui caractérise les hommes de cette nation (i) ; elle atteindra le but qu'elle se propose , comme elle Ta atteint quand elle a voulu abolir la traite (â). L'affranchissement des esclaves des colonies anglaises , placera les Anglo- Américains du sud dans la position la plus critique, à moins qu'ils ne se hâtent de suivre l'exemple qui leur est donné. Il n'est pas impossible que le gouvernement anglais, en secondant Fabolition de l'esclavage dans ses colonies, n'ait

(1) Au mois de juin 1824 , il existait déjà, en Angleterre , deux cent vingt associations formées dans le but de seconder celle qui s'est établie à Londres pour l'abolition de l'esclavage ; depuis cette époque , le nombre s'en est considérablement augmenté. En i8a3, il a été présenté cinq cents pétitions au parlement pour le même objet» En 1824 > il en a été présenté près de six cents. — Report of the committee of the society for the mitigation and graduai abolition of slavery, p. 37.

(2) Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage, ce but a «Hé atteint.

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