‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 147 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXII

pour objet de se préparer des forces contre les États-Unis.

L'existence de l'esclavage menace l'indépendance des Anglo-Américains du sud d'une autre manière. On a vu , lorsque j'ai exposé les effets de l'esclavage , relativement à l'accroissement des richesses et des diverses classes de la population, que, dans les pays où tous les travaux sont exécutés par des hommes asservis , les riehessses ne s'accroissent qu'avec une extrême lenteur $ et que la population se multiplie d'une manière plus lente; souvent même la population et les richesses décroissent simultanément. Dans les états de l'Union , où tous les travaux sont exécutés par des mains libres , les richesses et les hommes se multiplient, au contraire, avec une rapidité dont on n'avait pas d'exemple. Nonseulement le nombre des individus s'accroît rapidement dans chaque état, mais le nombre des états libres tend à se multiplier. Il suivra nécessairement de là , que plus les Anglo-Américains dulNord prospéreront, plus les états du sud perdront de leur importance relative. L'influence de ces derniers doit décroître en raison de l'accroissement de la population , des richesses et des lumières des autres états.

Sans doute, une fraction de la population peut croître en nombre, en richesses et en lumières, sans que les autres fractions en souffrent. Il arrive même souvent que cet accroissement est ou bien pour elles ; mais cela n'a lieu que lorsqu'il

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y a identité de sentimens, d'opinions, d'intérêts entre toutes les parties. Or , cette identité ne peut pas exister entre une population composée d'hommes industrieux et libres , et une population composée de possesseurs d'esclaves. Les premiers attachent l'honneur à l'activité, au travail, à l'économie, aux bonnes mœurs; ils attachent le mépris à la paresse, à l'incapacité, à la dissipation. Les seconds attachent l'honneur à l'oisiveté, à l'ostentation, au nombre d'hommes qu'ils possèdent ; ils attachent le mépris au travail, à l'industrie. Comment de tels hommes pourraient-ils tendre vers le même but ? comment pourraient-ils avoir quelque estime les uns pour les autres (1 ) ?

Les intérêts, tels qu'ils sont conçus de part et d'autre, ne sont pas moins opposés que les opinions, les sentimens et les habitudes. Les maîtres

(i) Franklin , que Ton peut considérer comme le représentant de la population industrieuse de l'Amérique, n'a pas fait connaître directement tout ce qu'il pensait des possesseurs d'esclaves, ses compatriotes; mais si l'on veut savoir quelle était son opinion à leur égard, on en a un moyen facile. Il suffit de se rappeler les mœurs de l'animal auxquelles il comparait les mœurs d'un gentilhomme , et de comparer les mœurs qu'il attribuait à un gentilhomme aux mœurs d'un planteur. Deux quantités étant égales à une troisième, disent les mathématiciens, sont égales entre elles: qu'on juge, d'après cet axiome, de l'accord qui peut exister entre les opinions des Américains industrieux et des Américains qui vivent sur les produits du travail de leurs esclaves.

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