‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 156 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXIII, 5oj · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXIII, 5oj

rativement plus nombreuse, mieux organisé, plus forte et plus éclairée qu'elle ne Test dans beaucoup d'autres pays. Il ne faut pas douter cependant que les possesseurs d'esclaves, ©u les hommes possédés des états du sud , n'exercent sur leurs idées, sur leurs mœurs et sur leurs lois, une funeste influence. Quand même cette influence n'aurait pas été observée par des voyageurs , il suffirait d'avoir quelques connaissances de la nature de l'homme pour être convaincu qu'elle existe.

Sur vingt-quatre états dont la fédération est formée, il en est dix qui ont maintenu l'esclavage ; ainsi , dans les diverses branches dont le gouvernement fédéral se compose , il faut , sur vingt-quatre hommes, compter toujours dix possesseurs d'esclaves , en supposant que chaque état en fournisse un nombre égal. Souvent l'égalité doit être rompue , puisque les possesseurs d'hommes sont portés vers les emplois du gouvernement par une tendance beaucoup plus forte que celle qu'éprouvent des hommes industrieux , et puisque les Américains du Nord se plaignent de l'influence des Américains du sud. Si, sur cinq présidens, l'état de Virginie seul en a fourni quatre , il est impossible qu'elle n'ait pas aussi fourni un plus grand nombre d'employés qu'aucun autre état. Un homme qui jouit d'une grande influence, ne se déplace guère sans entraîner après lui l'atmosphère au milieu de laquelle il est placé. Les personnes avec lesquelles

il a eu quelque communauté d'opinions, viennent à sa suite , puis les frères , les cousins , les flatteurs. Quelle que soit sa fermeté et son impartialité, il est bien difficile qu'il se débarrasse de tout ce monde, tant qu'il a quelque moyen de les placer.

En supposant même que chaque état fournisse un nombre égal de représentais ou de fonctionnaires au gouvernement fédéral, il faut compter que, sur vingt-quatre représentans et sur vingt-quatre membres du sénat , il y a habituellement dix possesseurs d'esclaves , et qu'on en trouve dans une égale proportion parmi les agens du pouvoir exécutif , depuis le ministre jusqu'au sous-lieutenant. Or, est-il possible que, dans des assemblées ou dans des corps ainsi constitués , il existe toujours des idées justes et un sentiment moral bien délicat? Si, dans la vue d'assurer leurs possessions, les possesseurs d'esclaves sollicitent des mesures générales contre les hommes qui sont mis au rang des propriétés , pense-t-on que les représentans des états libres seront assez indifférens au sort de leurs confédérés du sud, pour ne pas se prêter à leurs désirs? Pourront-ils leur refuser de poursuivre jusque sur leur territoire les esclaves fugitif ? Il faudra donc qu'il s'établisse entre tous les états une espèce de coalition contre une race tout entière. Cette coalition sera d'autant plus redoutable qu'elle sera formée, non contre des malfaiteurs, non contre des ennemis du pays ou du

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