‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 16 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VIII

sonnel de leurs maîtres et vivant à îa ville , sont les seuls qui soient bien vêtus et bien nourris (4 ). Entre les esclaves employés au service intérieur de la maison, et ceux qui sont destinés à la culture des champs, on observe la même différence que nous voyons, dans la plupart des états européens, entre les laquais qui fourmillent dans les maisons des grands , et les ouvriers qui vivent dans la misère en travaillant quatorze heures par jour. Cest de l'analogie qu'on observe entre les hommes qui commandent , que naît l'analogie qu'on observe entre les hommes qui obéissent.

Les esclaves employés aux travaux les plus pénibles n'étant mus par l'espérance d'aucun profit , la crainte des châtimens peut seule les y contraindre ; les maîtres montrent envers eux tant de cruauté , qu'il n'est aucun voyageur qui n'en ait été révolté. La moindre contradiction , le moindre retard dans l'exécution de leurs désirs , les irritent et les rendent féroces. Ils finissent par trouver, dans l'exercice de la cruauté, une sorte de jouissance. « J'ai connu quelques colons , dit Sparrman , qui , non-seulement dans la chaleur de la colère, mais de sang-froid et par réflexion , ne rougissaient pas de se faire eux-mêmes bourreaux, de déchirer, pour la moindre négligence, le corps et les membres de leurs esclaves , de prolonger exprès leur supplice et leurs tortures , et, plus cruels que des

(i) Barrow, tome I, ch. i, p. i36.

tigres , de jeter sur leurs blessures du poivre et du seî ; mais, ce qui me parut encore plus étrange et plus horrible , ce fut d'entendre un de ces colons chrétiens décrire, avec une apparence de satisfaction, tout le procédé de ces exécutions diaboliques, se glorifier de les pratiquer luimême , et s'épuiser en sophismes pour justifier ces excès (4). »

Les membres de l'aristocratie se servent pour châtier leurs esclaves , d'un fouet d'une énorme dimension , dont ils font également usage pour conduire les chevaux. Ils l'appliquent quelquefois avec tant de fureur, que si la victime n'expire pas sous les coups , il est difficile qu'elle en échappe. Barrow, témoin des violences continuelles commises sur les esclaves , en rapporte quelques-unes qui peuvent faire juger des mœurs particulières à leurs maîtres. « Nous vîmes, dit-il , une jeune femme hottentote , tenant un enfant dans ses bras , et gisant sur la terre dans l'état le plus déplorable. Elle avait été déchirée de la tête aux pieds avec un de ces fouets terribles faits avec

(i) Sparrman, Voyage au cap de Bonne-Espérance, t. III, ch. xvi, p. 264 et 265. — Les premiers objets qui attirèrent les regards de Sparrman , en arrivant au cap de Bonne-Espérance, furent des roues et des gibets , et sept individus qui avaient été pendus ou rompus le même jour. ( Tome I, ch. 11, sect. iv, p. 72 et 7$. ) Ce qui frappa d'abord Levaillant, ce fut une multitude d'esclaves blancs. Celui-là put juger au premier aspect de la cruauté des maîtres; celui-ci de leur immoralité.

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