LIVRE V , CHAPITRE VIII
du cuir de rhinocéros ou de vache marine , et connus sous le nom de samboes. Son corps n'était exactement qu'une plaie ; son enfant , en se cramponnant autour d'elle , n'avait pas échappé aux coups. Nous eûmes beaucoup de peine à la mettre dans une situation propre à recevoir les secours de la médecine; mais elle était tellement meurtrie et la fièvre éclata avec tant de violence, qu'on désespéra de sa vie pendant plusieurs jours. Le seul crime reproché à cette femme était d'avoir tenté de suivre son mari qui était du nombre des Hottentots qui avaient résolu d'implorer la protection anglaise (i).
» La ferme voisine , ajoute le même voyageur, nous offrit un exemple de brutalité encore plus horrible. Nous vîmes dans un coin de la maison un bel enfant hottentot d'environ sept ans, qui avait aux pieds une chaîne de fer de dix ou douze livres; ses jambes étaient enflées, et les fers pénétraient dans les chairs. Ce pauvre enfant était si accablé sous leur poids, qu'il se traînait et ne pouvait marcher; il y avait plus d'un an qu'il était dans cet état (â). »
Quelquefois , la colère des maîtres l'emporte sur leur cruauté, et ne leur laisse pas le temps de prolonger les tourmens de leurs esclaves; suivant le témoignage du même voyageur, un Hottentot refusant de fusiller un déserteur, sur l'or-
(1) Barrow, ibid., tome I, ch. i, p. 121 et i/,2.
(2) Ibid., tome !, ch. 1, p. 122 et 128.
dre de son maître , celui-ci l'étendit à ses pieds d'un coup de fusil, et fit massacrer ensuite le déserteur, sa femme et son enfant (4).
Le gouvernement hollandais, pour mettre un frein à la cruauté des maîtres, leur avait défendu de donner la mort à leurs esclaves ; il avait même autorisé ceux-ci à porter plainte devant les magistrats , dans les cas où ils seraient injustement maltraités ; mais ces réglemens n'ont jamais été exécutés (1). Si un blanc tue son esclave, il l'enterre, et on n'en parle plus ; s'il tue celui d'un autre, il se tire d'affaire en payant sa valeur au maître. Celui-ci pourrait le traduire devant une cour de justice, mais jamais personne n'a fait usage de cette faculté (3).
Tout homme de la classe des maîtres peut impunément maltraiter un esclave ; mais il est interdit à celui-ci , sous peine de mort , de lever la main pour se défendre. Le seul fait d'avoir frappé un blanc libre est puni du dernier supplice, parce qu'on présume que le coup a été porté dans l'intention d'assassiner (4).
La mort réservée aux esclaves n'est pas la simple privation de la vie. Les maîtres ont senti, comme ceux de l'antiquité , que la mort simple
( i) Barrow, tome I, ch. i, p. 17 1.
(2) Le vaillant, premier Voyage, tome I, p. 77. — Thum berg , Voyage en Afrique, etc., ch. il, p. 18.
(3) Barrow, ibid., lome I, ch. 1, p. i38et 13g.
(4) Thumbcrg , chap. 11 , p. 28. — Barrow, ibid., tome ï , ch, \, p. i38.