‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 161 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXIII. Si · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXIII. Si

restreint par des lois, par des maximes , par quelques autorités et par la puissance de l'opinion.

Cette combinaison de deux pouvoirs dans les mêmes personnes influe nécessairement sur l'exercice de l'un et de l'autre. Les ministres qui ont à prendre une délibération, doivent déterminer d'abord si le peuple sur les intérêts duquel ils délibèrent , est le peuple qui se compose d'esclaves et de maîtres , ou si c'est le peuple chez lequel nul individu n'est ni maître ni esclave. S'ils veulent parler au peuple esclave, il faut qu'à l'exemple de maître Jacques , ils endossent l'habit et s'arment du fouet du cocher ; s'ils veulent parler au peuple chez lequel nul homme n'est la propriété d'un autre , il faut qu'ils reprennent, le costume du cuisinier , et qu'ils consultent un peu son goût. Mais il n'est pas aussi facile de changer d'esprit , de maximes et de mœurs, qu'il est facile de changer d'habit; l'homme qui vient de régler arbitrairement certains intérêts , et qui n'a eu à consulter que sa volonté et sa puissance, se laissera entraîner par l'esprit qui l'a dirigé, s'il a à délibérer sur des intérêts de même nature. Si, dans un cas, il peut penser que sa volonté suffit pour rendre un fait ou une action conforme à la justice et à la morale , il aura probablement la même pensée dans tous ; un homme qui passe alternativement du gouvernement d'un peuple esclave au gouvernement d'un peuple libre, doit porter dans l'un les habitudes qu'il a souvent prises dans l'autre.

3l8 TRAITÉ DE LÉGISLATION.

Les lois de la justice et de la morale ne plient pas selon nos intérêts ou selon nos caprices ; il faut les admettre pour tous les hommes et pour toutes les nations , ou y renoncer pour soi-même. Du moment que la justice et la morale cessent d'être universelles, il n'y a plus pour les hommes ni morale , ni justice; il n'y a qu'une force brutale qu'on peut quelquefois faire subir, mais qui peut aussi se tourner à l'instant contre ceux qui en ont fait la règle de leurs jugemens et de leur conduite.

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