CHAPITRE XXIV
De l'influence de l'esclavage sur la religion , et de la religion sur l'esclavage.
Lorsqu'il s'est formé en Angleterre des associations pour l'abolition graduelle de Pesclavage dans les colonies , on a recherché quel est le meilleur moyen de préparer à la liberté les populations asservies. Celui sur lequel tous les esprits paraissent s'être accordés , est l'instruction religieuse ; on a pris , en conséquence , toutes les mesures qu'il a été possible de prendre pour instruire ou pour élever les esclaves dans les principes de la religion chrétienne. On leur a lait donner, par semaine , un jour de repos ; on leur a envoyé des missionnaires qui se sont dévoués à leur instruction avec un courage et un désintéressement dignes des plus grands éloges.
Des intentions et des sacrifices si honorables pouvaient-ils avoir les résultats qu'on en espérait? La servitude n'est-elle pas essentiellement exclusive, pour les esclaves comme pour les maîtres, des principes de religion qu'on voudrait donner aux uns et aux autres ? Si les pratiques de l'esclavage et la pratique de la religion
étaient incompatibles, c'est en vain qu'on tenterait de les faire marcher de front ; le talent , le courage , le désintéressement ne sauraient concilier des contradictions.
Deux genres d'intérêt dirigeaient les hommes qui se proposaient d'obtenir l'abolition de l'esclavage : les intérêts d'un monde à venir , et les intérêts du mondé présent. Ces deux genres d'intérêts n'étant point inconciliables , il était naturel que les amis de la liberté cherchassent à la faire triompher par les mêmes moyens. L'ordre dans lequel ces moyens devaient être employés était cependant d'une grande importance. Pour faire passer de l'esclavage à la liberté les populations asservies, fallait-il d'abord leur donner les mœurs et les doctrines de la religion chrétienne ? ou pour leur faire prendre les mœurs et les principes de la religion chrétienne , fallait-il commencer par leur assurer quelque liberté ? S'il était vrai que l'esclavage, par sa nature, repoussât les principes de cette religion, il fallait que l'affranchissement précédât l'enseignement religieux, ou que du moins il marchât de front avec lui , sans quoi les hommes dont le principal objet est la propagation de la religion chrétienne auraient fait de vains efforts pour arriver au but qu'ils se proposaient.
Un des principaux motifs qui dirigeaient les défenseurs des populations esclaves , dans les efforts qu'ils ont fait pour leur donner des sentimens religieux , était de prévenir les catastro-