‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 163 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXIV

phes que faisait craindre la transition de la servitude à la liberté; on pensait que ces catastrophes seraient évitées si, avant que d'être libres, les esclaves avaient les principes et les mœurs de la religion chrétienne. Il ne s'agissait donc pas seulement d'inculquer des dogmes ou des maximes stériles dans les esprits des esclaves ; il fallait leur donner de plus des principes propres à diriger leur conduite, et dont l'observation fût pour eux un devoir. Leur faire apprendre des formules de croyance , qui auraient été sans influence sur leurs mœurs ou sur leurs actions, ce n'eût pas été faire d'eux des hommes religieux et probes, c'aurait été faire de la religion un vain formulaire. Les hommes qui commirent d'horribles barbaries pendant le cours des trois derniers siècles , n'étaient ni des païens, ni des incrédules; ils avaient des prédicateurs; ils savaient lire les Évangiles beaucoup mieux que les esclaves ne sauront les lire de long- temps ; ils avaient une foi aussi vive que la nôtre, et les haines ou les vengeances qu'ils avaient à satisfaire, étaient moins profondes, et n'étaient pas plus justes que celles que les planteurs des colonies ont allumées dans le sein de leurs esclaves.

Toute idée de religion et de morale emporte nécessairement avec eile l'idée de devoirs à remplir, et il est impossible de séparer l'idée de devoirs de l'idée d'indépendance et de volonté. Les devoirs que la religion chrétienne impose se rapportent, ou à l'individu lui-même, ou à d'autres

personnes, ou à la Divinité. Tous ces devoirs , qui sont fort nombreux, rentrent nécessairement les uns dans les autres, et, si on les divise, ce n'est que pour les mieux faire concevoir. Il est évident, en effet, que, si tout homme se doit à lui-même de se garantir des habitudes ou des actions qui peuvent le dégrader, il est dans la même obligation relativement à toutes les personnes envers lesquelles il a des obligations à remplir. 11 n'e$t pas moins évident que les devoirs d'un homme envers ses semblables , sont également des devoirs envers l'Etre qui les lui a imposés. S'il en était autrement , la.religion pourrait se concilier avec l'immoralité la plus profonde, et même avec les plus grands crimes.

Mais du moment que nous admettons que toute personne a des devoirs à remplir en sa qualité d'homme ou de femme, en sa qualité d'époux ou d'épouse , en sa qualité de père ou d'enfant , de sœur ou de frère, nous élevons l'esclave au niveau du maître, nous posons des limites à l'autorité de l'un et à l'obéissance de l'autre ; c'està-dire que nous abolissons l'esclavage, car il n'y a plus d'esclavage aussitôt que les relations des hommes sont déterminées par les devoirs qui résultent de leur nature, et non par les caprices de ceux auxquels la force les a soumis.

En admettant, en effet, que des hommes ont des devoirs à remplir, on admet qu'ils doivent y rester fidèle*, même quand l'accomplissement devrait être suivi pour eux de peines plus ou

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