‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 164 sur 253 · LITRE V, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

LITRE V, CHAPITRE XXIV

moins graves. Le mot de devoirs implique seul que la personne à laquelle ils sont imposés, peut, en les remplissant, en éprouver de fâcheuses conséquences. L'estime que nous accordons aux hommes, n'est bien souvent qu'en raison des sacrifices auxquels ils se sont volontairement soumis pour y rester fidèles. Le martyre même n'est point, dans l'esprit de la religion chrétienne, une raison suffisante pour violer les obligations auxquelles on est soumis. Jamais le christianisme ne se fût propagé, s'il eût admis, comme excuse d'.un vice ou d'un crime , la peur des châtimens ou même de la mort. Les héros de la religion chrétienne ne sont que des hommes qui firent le sacrifice de leur vie pour rester fidèles à leurs consciences.

Si nous voulons savoir maintenant si la religion chrétienne est conciliable avec l'esclavage , supposons, d'un côté, un nombre plus ou moins grand de personnes que nous appelons des esclaves, et, de l'autre côté, une autre personne, que nous appelons un maître ; supposons de plus que les esclaves sont pleinement convaincus de la vérité des maximes de la religion qu'on leur a enseignée, qu'ils ont la ferme résolution d'y conformer leur conduite, et que, de son côté, le maître n'est pas moins persuadé de sa toutepuissance. Voyons ce qui va se passer entre une multitude désarmée, maisrésoluede se conduire selon les préceptes de sa religion , et une troupe armée, qui considère comme un devoir l'exécu-

tion aveugle des ordres donnés par un individu qu'on appelle un maître.

Un des préceptes les plus positifs du christianisme , c'est l'interdiction de tout travail servile pendant les jours de dimanche ; mais le maître ne tient aucun compte de cette défense ; il ordonne à ses esclaves de se livrer à leurs travaux accoutumés; ceux-ci remplissent leur dévoir : ils résistent. Le maître use de ce qu'il appelle son droit; il les fait déchirer à coups de fouet ; n'importe : ils se soumettent au supplice et restent fidèles à leur croyance. Voilà une première limite au pouvoir du propriétaire ; il ne peut tenter de la franchir sans attirer sur lui le mépris et la haine de ses esclaves , sans les exciter à la résistance, sans détruire sa propriété.

Un autre précepte de la religion chrétienne , non moins positif que le précédent, est celui qui fait aux époux un devoir de la fidélité, et qui leur leur commande de rester unis. Un maître vend une de ses esclaves , et l'acquéreur se dispose à l'emmener. Cette esclave est mariée; elle ne veut pas se séparer de son mari , et le mari de son côté ne veut pas se séparer d'elle. Qu'arriverat-il? Les maîtres feront déchirer ces deux esclaves à coups de fouet pour vaincre leur résistance; mais, fidèles à leur croyance, les époux resteront unis. Si la violence les sépare momentanément, le devoir les reunira au premier moment où ils cesseront d'être surveillés; car la religion qui enseigne que la femme doit quitter son père et

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