LIVRE V, CHAPITRE XXIV. . 35g
femme dans la hutte d'un nègre, et va se cacher près du rivage de la mer ; de là il s'embarque pour l'île Saint-Vincent. Arrivé dans cette île, le gouverneur le suspend provisoirement de ses fonctions, ne pouvant supposer que tous les torts sont du côté des planteurs ; et il envoie un autre missionnaire à la Barbadé pour recueillir les témoignages .
Ce nouveau missionnaire arrive; mais il n'a pas la permission de débarquer. Il apprend d'abord qu'on a résolu de mettre le feu à son vaisseau. Bientôt après, on lui annonce que des bateaux sont préparés pour venir l'enlever et le mettre à mort. Cependant, on lui fait dire qu'on lui donne vingt-quatre heures pour se retirer; mais que, s'il ne profite pas de ce délai, il ne devra pas se plaindre des conséquences de son obstination. Le capitaine, effrayé de ces menaces, se retire, et va se placer sous la protection de l'artillerie d'un vaisseau de guerre (4).
En lisant la description de ces violences , on pourrait penser que les missionnaires contre lesquels elles étaient dirigées provoquaient les esclaves à l'insurrection, ou que, du moins, ils Jeur décrivaient avec des couleurs trop vives les charmes de la liberté. Bien loin de là, ils les
(i) An autlientic report of the debaîe of the house of comroons. June the 2$d, 1825, on Mr. Burton's motion. — A toutes les époques où l'on a tenté d'instruire les esclaves ou les affranchis, des préceptes de la religion, les maîtres ont opposé la même résistance.
exhortaient à prendre patience, à travailler avec zèle, et à pratiquer les vertus que le christianisme enseigne. A peine celui que nous avons vu si violemment outragé se fut retiré à Saint- Vincent , qu'il se hâta d'écrire à ses amis dans la colonie, de peur que les attaques dont ils étaient l'objet ne les portassent à quelques excès. « Soyez patiens à l'égard de tous les hommes, leur disait-il ; ne parlez jamais qu'avec respect de toute personne constituée en autorité, et n'usez jamais de représailles envers ceux qui vous injurient (1). »
Des violences non moins graves ont été commises , dans d'autres colonies, contre des ministres de la religion. A Déméray, l'aristocratie, sous le prétexte d'une insurrection que ses violences avaient excitée , a condamné à la potence un missionnaire dont la conduite et les discours étaient irréprochables. S'il est des colonies où les ministres de la religion ne soient pas exposés
(i) An authentic report of thc debate in the house of com. mons, june, the 23d. i8a5, etc., p. 33 and 34. — Il résulte de la proclamation même du gouverneur que les violences des maîtres n'ont pas eu d'autre cause que la crainte de voir lesf entimens moraux des affranchis et des esclaves, développés par l'enseignement des préceptes religieux. «Je vous en prie, dit le gouverneur aux auteurs de ces violences , réfléchissez aux conséquences de votre conduite. Si vous vous plaisez à renverser les maisons et les églises de ceux qui instruisent les noirs (of the teachers of the negroes), qui peut dire que les noirs ne suivront pas voire exemple , en démolissant vos propres maisons? v Ibid., p. 27 et 28.