‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 172 sur 253 · LIVRE Y , CHAPITRE XXIV. 34 I · texte numérisé non relu

LIVRE Y , CHAPITRE XXIV. 34 I

aux mêmes outrages, c'est parce qu'en général ces ministres ne donnent aucune instruction aux esclaves, ou parce qu'ils ont eux-mêmes déjà pris les mœurs qui caractérisent les maîtres.

J'ai fait connaître précédemment le soin extrême avec lequel les membres de l'aristocratie des Etats-Unis veillent à l'abrutissement de leurs esclaves. Si l'on ne peut, sans se rendre coupable à leurs yeux , apprendre à lire ou à écrire à un esclave , à plus forte raison n'est-il pas permis de lui enseigner qu'il existe pour lui des devoirs supérieurs aux ordres de son maître. Là aussi, l'on a vu des églises, non démolies, mais incendiées par les hommes qui craignaient que l'enseignement des préceptes religieux ne restreignît leur pouvoir sur leurs esclaves (I). A a Louisiane , ia population asservie n'est pas moins dépourvue de religion qu'à la Jamaïque. Un voyageur a même pensé qu'il était impossible de lui en donner aucune teinte. L'esclavage, en opposition avec la religion , dit-il , tend nécessairement à la détruire (â).

Dans les colonies Françaises , on donne à la population asservie un simulacre d'instruction religieuse. Tous les matins et tous les soirs , les claquemens des fouets appellent les esclaves à la prière. Cet appel n'a pas d'autre objet que de les

(1) De Larochefoucauld -Liancourt, troisième partie, lome vi, p. ï8i.

(2) Robin, Voyage dans la Louisiane, tora. III, eh. lxviu p. 198 et 199.

compter; et de les punir quand ils n'ont pas rempli leur tâche (4).

Les maîtres ont trouvé dans la prohibition de la traite un nouveau motif d'écarter de leurs plantations tout enseignement religieux. Ils ne permettent pas à ceux de leurs esclaves qui veulent s'unir en mariage de remplir les conditions prescrites par les lois ou par la religion. Ils sentent qu'ils ne peuvent les y autoriser sans reconnaître les devoirs inhérens à l'état de famille, et sans mettre des bornes à leur pouvoir. IL faut donc pour que la population asservie se conserve, que les esclaves se multiplient à peu près de la même manière que les animaux domestiques , et pour que cela soit les maîtres doivent les maintenir, sous le rapport des mœurs, dans la condition des bêtes. Une religion qui, dans un pareil état, vient leur faire un devoir de la chasteté et prohiber toute union irrégulière entre les sexes, ne saurait donc être tolérée. Elle condamnerait la population esclave à s'éteindre et causerait ainsi la ruine de la classe aristocratique.

(i) De Ruffo Lafare, p. io et 3i.

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