LIVRE V, CHAPITRE XXV. 35l
L'incrédulité à l'existence des devoirs moraux, et par conséquent à tout précepte de morale que la religion impose, étant une condition attachée à la qualité de possesseurs d'esclaves, il s'ensuit que les individus qui appartiennent à la classe des maîtres , ne reconnaissent d'autorité que la fourberie et la violence; de là, les efforts auxquels ils se livrent pour abrutir les hommes qu'ils possèdent ou qu'ils aspirent à posséder , pour prévenir le développement de leurs idées et de leurs sentimens moraux ; de là , cette tendance à substituer aux préceptes religieux de la morale, des pratiques ridicules, des croyances absurdes, et tout ce qui n'est propre qu'à dépraver l'intelligence humaine (i).
Si l'esclavage n'existait que dans les îles de l'Amérique, exploitées par des noirs, on pourrait espérer d'en restreindre les effets dans d'étroites limites ; mais lorsqu'on songe qu'une grande partie de la population de l'Asie, de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Europe est divisée en maîtres et en esclaves ; lorsqu'on songe à l'influence que les premiers exercent sur le sort des nations, on peut être effrayé des calamités qui menacent
(iy On lit, dans l'article 1 3 delà Constitution jédêrative de Guatimala: « Celui qui fait le commerce d'esclaves ne peut être citoyen. » Cette disposition est îrès-sage et trèsjuste; un peuple qui tient à sa liberté, ne doit permettre l'exercice d'aucun pouvoir politique à des hommes qui n'admettent l'existence d'aucun devoir, ou qui règlent l'étendue de leurs droits par l'étendue de leurs forces.
encore le genre humain, mais on ne peut être surpris de voir la plupart des nations gouvernées par la fourberie et par la violence.