‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 178 sur 253 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

De l'influence qu'exercent , sur l'industrie et le commerce des nations libres , les privilèges commerciaux qu'elles accordent à des possesseurs d'esclaves. — Du système colonial.

L'esclavage, comme on vient de le voir, est, pour la nation chez laquelle il est établi , la plus grande des calamités : il déprave les maîtres encore plus que les esclaves; il détruit, chez les uns et chez les autres, presque tout sentiment de morale; il prévient le développement des facultés intellectuelles, sur les choses qu'il importe le plus aux nations de connaître ; il ne permet d'exercer que l'industrie la plus grossière ; il condamne la population asservie à une misère profonde et à des châtimens terribles, en même temps qu'il est, pour la classe des maîtres, un principe d'appauvrissement; il ne prive de toutes garanties les hommes possédés qu'en ravissant toute sécurité à leurs possesseurs , et en les mettant dans l'impossibilité d'avoir jamais un gouvernement impartial et juste; il interdit aux maîtres l'espérance de jamais exister comme nation indépendante , et les mettrait à la discrétion de tout

peuple ou de tout gouvernement étranger, si l'autorité qui les protège, les abandonnait à euxmêmes; enfin, il corrompt jusqu'aux gouvernemens et aux nations qui ont des relations d'amitié avec des possesseurs d'esclaves.

Cependant l'esclavage ne se maintient, dans une grande partie du monde , que par l'appui que lui donnent des nations qui ne l'admettent plus chez elles. On s'imagine que les mauvais effets qu'il produit, sont rachetés par les avantages que tirent plusieurs états de l'Europe de la possessions de leurs colonies. On prétendait autrefois que les nègres étaient faits esclaves pour leur bien \ on ne croyait pas pouvoir affirmer que l'esclavage était pour eux un état de bonheur; mais on disait qu'on les arrachait à l'idolâtrie , et qu'il n'y avait pas de meilleur moyen de les envoyer au ciel , que d'en faire des instrumens chrétiens d'agriculture. Cet intérêt de la vie à venir des hommes asservis, doit être maintenant écarté , puisqu'il est prouvé , par une longue expérience, que l'esclavage non-seulement ne rend pas les esclaves religieux , mais qu'il détruit même chez les maîtres tout principe de religion. Les nations de l'Europe qui soutiennent encore un tel système dans les colonies, et qui appuient de leurs forces le pouvoir des maîtres , ne peuvent donc plus être dirigées que par les intérêts matériels de leur industrie et de leur commerce. Ainsi, que l'esclavage soit une source inépuisable de calamités et de crimes, nous l'admettrons et

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