LIVRE V , CHAPITRE XXVI. 31/ l
totale des denrées exportées par les principales colonies qui nous restent, ne s'élevait donc pas tout-à-fait à trente-deux millions; de sorte qu'en admettant que ces îles sont encore aussi fertiles qu'elles l'étaient alors, la France serait en perte avec elles , quand même elles lui donneraient toutes leurs productions pour rien. Il est vrai que le commerce peut faire quelques bénéfices avec les habitans de l'île Bourbon ; mais ces bénéfices se réduisent également à fort peu de chose (4).
Si l'on jugeait des productions des colonies par les registres des douanes , on croirait que , dans un très-petit nombre d'années, elles ont pris un prodigieux accroissement. En \ 846, la
tées par la Martinique à 18,975,974 liv, et les valeurs exportées par la Guadeloupe à 12,751,404 liv.
(1) La France tire de la Guadeloupe et de la Martinique tout le sucre exotique qu'elle consomme, et la consommation s'élève à cinquante millions de kilogrammes; mais comment est-il possible que deux îles dont les richesses ni la population n'ont presque pas varié depuis que leurs exportations s'élevaient à peine à trente-deux millions, exportent aujourd'hui, en sucre seulement, une valeur à peu près égale? Serait-il vrai, comme le croient quelques personnes, que des colons introduisent dans leurs pays des sucres étrangers , et qu'ils nous les expédient ensuite pour obtenir une prime de 37 fr. 5o cent, les cent kilogrammes? Si cela arrivait pour le sucre , cela arriverait probablement aussi pour toutes les denrées coloniales , et l'on conçoit quel énorme tribut les possesseurs d'esclaves des colonies lèveraient alors sur la France.
population coloniale n'a absorbé de nos produits que pour une somme de dix-huit millions six cent mille francs. La France n'a reçu de ses colonies, pendant le cours delà même année, que pour vingt-huit millions de denrées coloniales. En 4827, le commerce français a importé pour cinquante-cinq millions de ces denrées , et il a exporté pour cinquante millions de nos produits (i). Ainsi, en supposant que la France fît un bénéfice de vingt-cinq pour cent, elle dépenserait annuellement cinquante millions de francs pour en gagner douze millions cinq cent mille; mais , loin d'avoir fait des bénéfices avec les colonies , les négocians français ont été en perte avec elles pendant plusieurs années , ainsi que cela résulte des documens recueillis par le gouvernement (â).
Il est, en Europe, peu d'états qui ne pussent offrir à l'industrie et au commerce français , un débouché plus avantageux que celui qui nous est offert par toutes les colonies dont nous sommes tributaires, et que nous prétendons posséder. Cependant, quel est l'homme de bon sens qui
(ij Compte-rendu de l'enquête, etc., par M. d'Argout, page 9.
(2) Compte-rendu de l'enquête, etc., par M. d'Argout, p. 36 et 37. — M. d'Argout ne conçoit pas, et beaucoup d'autres ne concevront pas mieux que lui, que les colons puissent consommer pour cinquante millions de nos produits. Il explique cette importation dans les colonies françaises, en disant que les marchandises qui y sont intro-