CHAPITRE XXVII
Des privilèges commerciaux accordés aux possesseurs d'esclaves des colonies. — Suite du précédent (1).
L'Angleterre se conduit, à l'égard de ses colonies , comme la France à l'égard des siennes ; mais la consommation des denrées coloniales étant plus considérable cliez elle que chez nous, comparativement à la population, les pertes qu'elle fait sont beaucoup plus grandes. En France, la consommation annuelle des sucres est d'environ trois livres trois onces par personne ; en Angleterre, elle est de seize à dix-sept liv. (â). La quantité de sucre consommée annuellement dans la Grande-Bretagne, est d'environ cent cinquante mille tonneaux, ou trois cents millions de livres. Quoique cette consommation soit trèsconsidérable, elle est cependant au-dessous de ce qu'elle serait , si des droits d'entrée énormes,
( ! ) L'abolition de l'esclavage , dans les colonies anglaises, aura, pour le commerce, des résultats qu'on ne peut encore déterminer : il ne s'agit ici que de constater quelques-uns des effets que produisait l'esclavage.
(2) Si, depuis la publication de la première édition de ce traité, la consommation a augmenté en France, elle s'est sans doute accrue en Angleterre dans la même proportion.
et le monopole accordé à l'aristocratie coloniale ne mettaient pas une grande partie de la population dans la nécessité de se priver de cette denrée, ou d'en réduire la consommation. Des économistes anglais estiment que, si le prix du sucre était réduit au prix où il tomberait naturellement si le commerce était libre, la Grande- Bretagne en consommerait quatre ou cinq fois plus qu'elle n'en consomme actuellement (i).
Afin de mettre les possesseurs d'esclaves à même de vendre leur sucre, il a fallu établir des impôts énormes sur cette denrée, quand elle est produite dans d'autres pays . Le sucre de l'Inde est produit dans les possessions anglaises ; mais il est cultivé par des ouvriers libres. Le trajet qu'il a à parcourir , pour arriver jusqu'en Angleterre 9 en élève le prix d'environ un tiers. Cependant, il a fallu établir un impôt de dix schellings (42 fr. 50 cent.) par quintal, en sus de l'impôt qui pèse sur le sucre des Antilles. Outre cet impôt, et afin de faciliter encore davantage aux planteurs la vente de leur sucre, on paie, à la sortie de cette denrée, une somme plus forte que celle qu'elle a payée à l'entrée. La différence est d'environ sept francs cinquante centimes par quintal (2).
(1) James Croppers, Relief for West-Indian dislress , p. 26 and 27. London 182*3. — East and West-India sugar , p. 4 and 5.
(2) Le quintal anglais est de 108 Iiv. ; 5o kil. égalent III livres anglaises.