‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 194 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXVII

serait profit, et les échanges pourraient s'accroître à l'infini ; mais nous les repoussons par la raison toute naturelle que des sujets qui nous ruinent , valent mieux que des amis qui nous enrichiraient . Je dis que nous les repoussons, quoique nous allions leur offrir nos marchandises ; car ils ne peuvent donner, en échange des produits étrangers , que les produits qui viennent chez eux.

Plusieurs des peuples de l'Amérique méridionale chez lesquels l'esclavage est aboli, possèdent des terres immenses qui n'ont jamais été mises en culture, et qui sont susceptibles de produire des denrées équinoxiales beaucoup plus qu'ils ne peuvent en consommer. Il faudrait , pour que ces terres fussent mises, en culture, qu'il se trouvât des peuples qui eussent besoin d'en acheter les produits , et qui pussent donner en échange les objets dont on manque dans le pays. Mais où trouver de tels peuples ? Les Anglais ne demanderont pas mieux que de vendre aux cultivateurs de l'Amérique du sud les produits de leurs manufactures ; mais ils refuseront de recevoir en échange des produits agricoles , tels que le sucre, le cale, l'indigo et d'autres. Les Français se montreront aussi fort empressés de leurs porter des produits manufacturés; mais, à condition que des agriculteurs ne donneront pas en échange des produits de leur agriculture, c'est-àdire les seules richesses dont ils puissent disposer. Il faudra donc que les agriculteurs, pour acheter des produits de l'industrie française ou de Vin

TKAITÉ DE LÉGISLATION.

dustrie anglaise, trouvent ailleurs des peuples qui consentent à recevoir leurs productions. Ils ne peuvent pas les porter dans l'Inde ou dans le sud de l'Asie ; car là ils trouveraient les mêmes denrées produites à meilleur marché. Ils ne peuvent pas les porter chez les Asiastiques du nord; car , outre qu'il n'y a point de route qui les v conduise , ils n'y trouveraient rien à recevoir en échange. Il faut donc qu'ils les portent chez les Anglo-Américains du nord , ou chez les peuples d'Europe qui n'ont point de colonies ; mais ces peuples ont peu de chose à leur donner en retour. La Russie peut fournir à l'Angleterre du bois de construction, du chanvre, du suif, du blé, et quelques autres matières premières; mais que peut-elle donner aux peuples qui vivent entre les tropiques? Ainsi, en même temps que lés peuples industrieux se ruinent et arrêtent le développement de leur commerce par les monopoles qu'ils accordent, chez eux, aux possesseurs d'esclaves , ils arrêtent le développement de la civilisation dans les parties les plus fertiles et les plus riches de la terre.

Une nation ne vend rien à ceux de qui elle ne veut rien recevoir en échange ; lorsque, dans l'achat des denrées équinoxiales dont nous avons besoin, nous donnons la préférence aux uns, nous repoussons par cela même la pratique des autres. Pour vendre les produits de nos fabriques à des colons de la Martinique ou de la Guadeloupe , nous sommes obligés de recevoir leurs

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