LIVRE V, CHAPITRE Vil
ravis par l'homme qui le possédait. Il n'avait d'alimens, devêtemens, de logement que ceux que son maître lui accordait. Il n'existait pour lui aucun lien de famille : il ne pouvait rien, ni pour la femme à laquelle il s'unissait , ni pour les enfans auxquels il avait donné le jour. Il ne. pouvait ni les protéger contre l'insulte ? ni leur accorder le moindre secours dans leurs besoins. Il ne pouvait rien exiger de sa femme, pas même la fidélité; il ne pouvait rien exiger de ses enfans, pas même la déférence. De son côté, la femme ne pouvait, rien exiger de son mari, pas même une simple protection ; elle ne pouvait rien lui devoir, pas même la chasteté (4).
Les romains cultivèrent les arts qui pouvaient les rendre propres à la guerre et au gouvernement, tant qu'ils conservèrent leur liberté politique. Aussitôt qu'ils n'eurent plus d'ennemis extérieurs à combattre et qu'ils furent assujéttis au
(i) Les lois ne mettaient aucune borne au pouvoir de l'homme ou delà femme qui était une personne, sur l'homme ou la femme qui était une chose; mais les censeurs et les sénateurs qui étaient investis d'une autorité en quelque sorte arbitraire , punissaient quelquefois les maîtres qui avaient, sans motifs, exercé sur leurs esclaves des cruautés révoltantes. Ainsi, un sénateur qui, au milieu d'un repas et pour l'amuse, ment d'un convive avec lequel il avait des liaisons criminelles, avait fait couper la tête à un homme , fut jugé de mauvaise compagnie et cessa d'être admis au sénat. Plutarque, Vies de M. Caton et de Flaminius. Voyez Denys d'Halicarnasse, livre vu, § lxxiii. Tite-Live, tome XIII,
6 TIIAITÉ DE LÉGISLATION.
despotisme des empereurs, il n'exista plus pour eux de sujets d'activité physique ou intellectuelle. Un des premiers effets de l'esclavage fut donc de leur inspirer l'amour de l'oisiveté.
De l'absence d'activité intellectuelle et physi- • que j et de la possession de richesses acquises par l'oppression et le pillage nacquit, une passion effrénée pour toutes les jouissances sensuelles. La gourmandise et la voracité des grands arrivèrent à un point dont on peut aujourd'hui se faire difficilement une idée ; la terre fut ravagée pour fournir à leurs débauches , et les richesses d'une province furent englouties dans un repas (A ). La mollesse se joignit à la sensualité : la coutume de s'étendre sur des coussins pendant qu'il prenaient leurs alimens, fut apportée de l'Orient. Les hommes furent les premiers à l'introduire et les femmes ne tardèrent pas à les imiter. Pendant que les maîtres étaient ainsi mollement couchés sur le duvet et la pourpre, des esclaves étaient toujours présens pour leur épargner le moindre mouvement; d'autres, avec des éventails , prenaient soin de rafraîchir l'air, ou de les garantir des mouches ; d'autres jouaient de la
(i) Vescendi causa , dit Saluste , terrâ manque omnia exquirere. Cat. XIII. La capacité de leur estomac ne répondant pas à leur voracité, plusieurs se faisaient vomir avant ou après le repas pour manger plus long-temps et plus copieusement. Cicéron dit, en parlant de César: Post cœnam vomere volebat, icleoquc largiàs edebat.