LIVRE V, CHAPITRE XXIX
nombre de vices , et vous aurez l'hypocrisie de moins !
Cependant , s'il n'est pas en la puissance des gouvernemens des métropoles de protéger la population esclave, aussi long-temps que le principe de l'esclavage existe ; si l'enseignement de la morale et de la religion est sans effet sur les mœurs, ou s'il n'a pas d'autre effet que d'habituer les hommes à agir en sens contraire de leurs pensées , comment est-il possible d'arriver à l'abolition graduelle de l'esclavage? Comment peut-on l'abolir tout à coup sans compromettre à la fois l'existence des maîtres , et même le bien - être à venir de la population asservie ?
Il ne faut pas se le dissimuler ; les difficultés qui se présentent sont graves j et je doute qu'il soit possible de les éviter toutes. J'ai fait observer ailleurs qu'il est dans la nature de l'homme que tout vice et tout crime soit suivi d'un châtiment. J'ai fait voir qu'on ne peut soustraire un individu coupable à la peine qui est la conséquence naturelle de ses vices ou de ses crimes, sans faire tomber sur soi-même ou sur d'autres un châtiment beaucoup plus terrible (4). Or, de tous les faits que nous considérons comme criminels, il n'en est pas de plus graves que d'avoir dégradé une partie du genre humain , en la mettant au rang des choses. Il serait impossible d'imaginer un système plus condamnable que celui
(i) Voyez le tome I, fivi n, ch, 11
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qui dénie l'existence de toute sorte de devoirs à l'égard de tous les hommes , et qui soumet en conséquence des populations nombreuses, pendant une longue suite de générations, à toutes les brutalités et à toutes les violences que des hommes peuvent imaginer. Maintenant que les dangers de cet horrible système nous pressent de toutes parts i on cherche comment on en sortira, sans en subir les conséquences; mais il est difficile d'en trouver les moyens. Il faut se hâter cependant, car Fédifice tombe en ruine de toutes parts ; et plus on hésitera à prendre un parti, plus la catastrophe peut être terrible.
Les possesseurs d'esclaves des colonies anglaises résistent de toute leur puissance à l'action que la métropole exerce sur eux pour adoucir le sort de la population asservie et la préparer à la liberté ; et il est probable que si la France et les autres nations qui possèdent encore des colonies , voulaient agir dans le même sens , elles rencontreraient les mêmes résistances. Existe-t-il des moyens de vaincre cette opposition, sans recourir à la violence? Il en est deux bien simples : le premier et le plus efficace serait l'abolition du privilège accordé aux possesseurs d'esclaves pour la vente de leurs denrées; le second serait Je rappel des troupes envoyées chez eux pour seconder l'action qu'ils exercent sur leurs esclaves. Il est constaté, en effet, que les possesseurs déterres, qui font exécuter leurs travaux par des esclaves, paient la main-d'œuvre beaucoup