‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 214 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXX

raie, pourraient leur parler de devoirs sans les exciter indirectement à la révolte ; les devoirs ne seraient bornés alors que par les obligations imposées envers les maîtres ; tandis que, lorsque les obligations envers le maître restent indéfinies, il ne peut pas exister d'autres devoirs que celui d'un obéissance aveugle (4).

Mais quelles sont les obligations à imposer à l'homme qu'on appelle un esclave, envers l'homme qu'on appelle un maître ? Si les questions qui divisent les hommes étaient toujours résolues selon les règles de la morale , il faudrait renverser celle-ci. Au lieu de demander quelles sont les obligations de l'homme possédé envers son possesseur, il faudrait demander, au contraire , quelles sont les obligations de l'homme qui fut maître envers celui qui fut son esclave ; il faudrait demander qu'est-ce que le premier doit, au second pour le travail qu'il lui a arraché, et dont il ne lui a point payé le salaire, pour les violences qu'il a exercées sur lui , ou pour les souffrances auxquelles il l'a condamné, et dont

(i) La même opposition de principes se trouve quelquefois dans les gouvernemens : ceux qui ont pour principe la force ou le despotisme, prétendent qu'il leur est permis de se livrer, envers les hommes et leurs propriétés, à toutes les actions qu'ils ne se sont pas positivement interdites ; ceux , au contraire , qui ont pour principe la morale et la liberté , reconnaissent qu'ils ne peuvent exercer , sur les hommes ou sur leurs biens , que les actions que des lois spéciales leur ont positivement permises.

il ne l'a point indemnisé? Mais ne devançons pas notre siècle ; recevons , comme une grâce , l'abandon fait à l'homme faible et pauvre, d'une petite part des produits de ses travaux, et considérons comme une faveur le ralentissement de l'injustice et de la violence (4).

Quelque élevées que soient les prétentions des hommes qui appartiennent à l'aristocratie coloniale , je suppose que tous les services qu'ils prétendent leur être dus par les hommes possédés , sont appréciables en argent. Un maître n'oserait réclamer ostensiblement de son esclave que des travaux ; et , si l'on admet cette réclamation comme juste, il ne doit pas se plaindre qu'on soit trop exigeant. Ce point étant convenu , la première mesure à prendre est de déterminer quelle est la valeur courante d'une journée de travail fait par un esclave de tel âge et de tel sexe. 11 est bien probable que des hommes sortiront souvent de la règle commune , et que leur travail vaudra tantôt un peu plus, et tantôt un peu moins ; mais, comme nous raisonnons maintenant dans un système d'expédiens, et non sur les règles de la justice , il ne s'agit pas d'arriver à une exactitude mathématique.

(i) Je prie qu'on ne perde pas de vue que ceci est écrit depuis plus de dix ans, et à une époque où la possession des noirs par des blancs n'était pas plus contestée que la possession des blancs par des familles de race royale; ces deux espèces de possession semblaient alors aussi légitimes l'une que l'autre.

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