‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 216 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXX

belle fille qui, par les traits et la couleur, se rapproche de l'espèce des maîtres , se vend deux fois plus qu'une négresse qui peut livrer la même quantité de travail, mais dont les formes sont peu agréables. Cette seule circonstance est une preuve irrécusable que l'aristocratie coloniale entend imposer à ses esclaves d'autres obligations que celle de travailler ; mais ces obligations ne sont pas de nature à être avouées, et nous pouvons ne pas en tenir compte.

Du fait reconnu qu'un homme est un homme, et que comme tel il a des devoirs à remplir, il résulte que, lorsque l'individu que nous appelons un esclave , a livré , en nature ou en argent , la quantité de travail qu'il est tenu de payer à l'individu que nous appelons un maître , il ne lui doit plus rien. Dès ce moment, il ne dépend plus que des lois générales et des magistrats ; s'il se rend coupable, il doit être poursuivi et puni comme tous les hommes ; s'il acquiert quelques propriétés, elles doivent lui être garanties par les mêmes autorités qui garantissent celles des maîtres. Son domicile doit être inviolable comme celui de tous les autres hommes ; il doit être le protecteur de ses enfans et de sa femme. Si sa force ne lui suffit pas pour remplir ses devoirs de père ou de mari , c'est aux magistrats à y suppléer (4).

(i) Les caisses d'épargnes , si utiles aux familles des classes ouvrières, seraient indispensables à des esclaves aux-

En accordant à un homme asservi la faculté de livrer à son possesseur son travail ou la valeur de ce travail, on attaque de la manière la plus puissante le préjugé qui flétrit les occupations industrielles, et l'on fait prendre en même temps à la population asservie des habitudes d'activité et d'économie. L'homme qui, pendant quelques années , aura travaillé et fait des épargnes pour acquérir sa liberté, continuera de travailler et de faire des épargnes quand il sera devenu libre , pour assurer son indépendance et se ménager des ressources dans sa vieillesse. L'emploi de ce moyen produirait en peu de temps des effets très-considérables : il développerait l'intelligence de la population esclave; il formerait ses mœurs et ses habitudes ; il lui donnerait des moyens d'existence, et créerait, pour les possesseurs des terres, une classe d'ouvriers intelligens et laborieux. Le commerce et l'industrie des métropoles y trouveraient également leur avantage ; les productions équinoxiales seraient moins chères, et les demandes des produits manufacturés se multiplieraient, parce que le nombre des consommateurs serait plus grand. Il faut ajouter que les colonies pourraient se garder elles-mêmes , et qu'elles finiraient par s'élever au

quels il serait permis de se racheter. Il faudrait même qu'elles présentassent des garanties tellement fortes qu'elles fussent capables de vaincre la méfiance naturelle à des esclaves.

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