LIVRE V, CHAPITRE XXX
rang d'états indépendans, et ne seraient plus une cause de ruine pour les autres nations.
Je ne me suis pas proposé d'exposer , dans ce chapitre, un projet d'affranchissement; j'ai voulu seulement démontrer que le système de l'esclavage repose sur un principe diamétralement opposé au principe de la liberté , et qu'il est impossible de passer d'un régime à l'autre, si l'on n'abandonne pas complètement le principe du premier, pour adopter le principe du second. Le seul fait du changement de principes, il ne faut pas se le dissimuler, est une révolution complète; et tout procédé fondé sur ce changement et suivi avec persévérance, conduira promptement à l'abolition complète de l'esclavage. Si j'ai indiqué un mode particulier d'affranchissement, ce n'est pas parce que je l'ai considéré comme un acte de justice complet; je n'y ai vu> au contraire, qu'une moindre injustice. Je ne me suis proposé que de faire voir quelques-unes des principales conséquences auxquelles on était amené par le seul fait du changement de principes. Mais tant que l'on considérera comme une vérité l'erreur grossière sur laquelle repose l'esclavage , c'est vainement qu'on se débattra contre les conséquences ; on pourra , pour les arrêter ou les affaiblir, employer beaucoup de temps, de taîens et même de richesses; vaincues en théorie, elles triompheront dans la pratique.
L'affranchissement des esclaves, ou, pour parler avec plus de justesse, le frein mis aux pas-
sions et au pouvoir arbitraire des possesseurs d'hommes n'est pas un phénomène tellement nouveau qu'on ne puisse pas être éclairé par l'expérience. Dans un espace de quarante années, on a vu six exemples d'un grand nombre d'esclaves affranchis en masse , sans qu'il sok jamais résulté aucun inconvénient de leur affranchissement^). Les affranchis ont toujours eu une conduite plus régulière que les maîtres ; j'en ai fait voir aiileurs les raisons.
(i) T. Clarkson's Thoughts on the necessity of improving the condition of the slaves, p. i 5, 16, 17.