CHAPITRE XXXI
De l'inégalité des rangs el de pouvoir produite par l'esclavage.— De la fusion ou du mélange de familles de diverses races.
Déjà l'esclavage domestique a été aboli dans une grande partie du monde ; et, quelle que soit l'opiniâtreté avec laquelle il est défendu dans les lieux où il existe , les lumières ont assez fait de progrès pour nous faire espérer qu'un peu plus tôt ou un peu plus tard , il disparaîtra de tous les pays ; mais quand il ne se montrera plus sous les formes hideuses que nous lui avons vues chez la plupart des peuples de l'antiquité et chez plusieurs peuples modernes , les effets s'en feront sentir long-temps encore 5 l'impression que la servitude produit sur toutes les classes de la population, est si profonde, qu'elle se transmet des pères auxenfans, et passe jusqu'aux générations les plus reculées; il n'est point de peuple, en Europe, qui n'en porte encore les marques ; c'est même une des principales causes des troubles et des désordres qui régnent dans cette partie du monde.
Lorsque la conquête a rassemblé sur le même
sol des peuples de diverses races, chacune d'elles conserve et transmet à ses descendans avec les caractères physiques qui lui sont propres • les mœurs et les préjugés qui sont nés de la domination et de la servitude. Quelque nombreuses que soient les révolutions que l'Egypte a éprouvées, les observateurs y distinguent encore, au seul aspect de ia physionomie, les Cophtes, les Arabes, les Juifs, ie3 Turcs, et jusqu'à des Grecs (i). Dans l'Indostan, la race des Mongols et celle des Indous, et, en Asie, celle des Tatars et celle des Chinois, sont aussi distinctes qu'elles l'étaient au jour de la conquête (â). A Timor et dans les iles de la Sonde, on trouve trois espèces d'hommes établies sur le même sol depuis un temps immémorial ; et les différences qui distinguent ces peuples , sont aussi prononcées qu'elles l'étaient avant qu'aucun d'eux fût sorti de son pays originaire (3). En Europe, tous les peuples appartiennent à la même espèce; et, cependant dans chaque état, la population se divise en diverses castes, chacune desquelles a plus ou moins les mœurs et les préjugés qui naissent de la domination et de la servitude. Parmi les diverses mélanges de races, on n'en trouve point qui aient des différences aussi prononcées que celles qu'on
(1) Denon, tome I, p. i35, i36 et suivantes.
(i) Barrow, Voyage en Chine, tome II, ch. vm, p. 220.
(3) Péron, t. I, liv. 11, ch. vu , p. 1 44 • — Freycinel, t. II ,
ch. x, p. 336.