LIVRE V, CHAPITRE XXXI
observe dans les colonies formées par les Européens. Dans les îles et sur quelques parties du continent d'Amérique, on observe, au milieu d'une multitude de noirs , un petit nombre de blancs et de basanés. Dans quelques autres parties du même continent , les espèces ou les variétés sont plus nombreuses encore (i).
Si les diverses castes ne se distinguaient les unes des autres que par la couleur et la forme des traits, je ne m'occuperais point ici de leurs différences ; mais elles diffèrent par leurs idées , par leurs mœurs, et surtout par la nature de leurs prétentions. Ces différences exercent une influence très-étendue sur les lojs, sur les institutions politiques et même sur les relations que les nations ont entre elles. Partout où l'esclavage a existé, les hommes s'estiment, non en raison de leurs qualités ou de leurs défauts personnels, mais en raison de la caste à laquelle ils appartiennent et de la place qu'ils y occupent.
(i) « En faisant abstraction des subdivisions^ dit M. de Humboîdt , en parlant de la population du Mexique , il en résulte quatre castes : les blancs, compris sous la dénomination générale d'Espagnols; les nègres, les Indiens, et les hommes de race mixte, mélangés d'Européens, d'Africains, d'Indiens américains et de Malais ; car c'est par la communication fréquente qui existe entre Acapulco et les îles Philippines, que plusieurs individus d'origine asiatique, soit Chinois, soit Malais, se sont établis dans la Nouvelle-Espagne. » Essai politique sur la Nonvelîe-Espagne , tome I, liv. ii , ch. vi, p. 367 et 368.
44^ TK.AITÉ DE LÉGISLATION.
Si les deux castes appartiennent à la même espèce d'hommes \ et si , par conséquent , elles ne peuvent se distinguer par les caractères physiques, elles se distinguent par des signes artificiels, par des dénominations , par des costumes particuliers. Lorsqu'elles n'appartiennent pas à la même espèce , les différences physiques deviennent les signes qui servent à distribuer l'estime ou le mépris. Un Anglo-Américain de mœurs dissolues traitera d'une manière insultante la personne la plus respectable par ses qualités personnelles , qui aura le malheur d'avoir le teint plus ou moins obscur. Un Européen traitera avec considération un misérable sans mœurs et sans talens ? parce qu'il aura l'avantage de faire précéder son nom d'une certaine dénomination. Ce que l'Américain méprise, ce n'est pas la couleur en elle-même ; ce ne sont pas les défauts de la personne qui la porte i c'est le fait de l'oppression exercée par les ancêtres de l'un sur les ancêtres de l'autre. De même, ce que l'Européen estime , ce n'est pas tel nom ou tel signe considéré en lui-même , c'est le fait de compter parmi ses ancêtres un individu de la race conquérante ou affilié à cette race.
Il ne faut pas croire que l'orgueil que manifestent les individus des classes aristocratiques, naisse de la conviction qu'ils n'ont jamais compté parmi leurs ancêtres aucune personne d'une classe avilie ; car ce sentiment est aussi énergique chez les colons qui sont récemment descendus de mal-