LIVRE Y « CHAPITRE IX
cune résistance chez les femmes soumises à son empire ; mais , ce qu'il faut observer, c'est que tous les hommes auxquels il délègue une part de sa puissance , jouissent à peu près du même privilège que lui. Le commandeur, sur le rapport duquel les esclaves sont châtiés , sans qu'il leur soit permis de rien dire pour leur défense, est plus redoutable que le maître lui-même, puisqu'il n'est pas arrêté par la crainte de détruire sa propriété. Il n'y a pas jusqu'aux esclaves qui remplissent les fonctions de bourreaux , qui ne jouissent d'une sorte de puissance ; car, dans leurs mains, le fouet peut être un instrument plus ou moins terrible, selon qu'ils sont bien ou mal disposés.
Il arrive quelquefois qu'une femme esclave résiste aux désirs du maître ou du commandeur , surtout si elle a fait un choix parmi ses compagnons d'infortune ; en pareil cas , la résistance est punie par le châtiment le plus sévère. Le premier exemple de cruauté dont Stedman fut témoin , en arrivant à Surinam , fut produit par une pareille cause. Une belle fille, d'environ dix-huit ans, et entièrement nue, était attachée à un arbre par les bras. Au moment où Stedman l'aperçut, deux esclaves armés chacun d'un fouet énorme , venaient de lui en infliger deux cents coups. La tête penchée sur le sein , le sang ruisselant de la tête jusqu'aux pieds , elle présentait le plus épouvantable spectacle. « Je courus au commandeur, dit Stedman, et le suppliai de la
faire détacher promptement, puisqu'elle avait totalement subi son supplice. Il me répondit que, pour empêcher les étrangers de se mêler de son administration , il s'était fait une règle invariable de doubler le châtiment toutes les fois qu'on intercéderait pour le coupable , et le barbare fit recommencer l'exécution à l'instant. Je voulus, mais vainement, l'arrêter ; il me déclara que la moindre insistance, loin d'arrêter sa détermination , ne rendrait sa vengeance que plus implacable et plus terrible. Je n'eus d'autre parti à prendre que de fuir ce détestable monstre , et de le laisser se rassasier de sang comme une bête léroce.... Ayant cherché le motif de cette barbarie, j'appris avec certitude que le seul crime de cette infortunée était de s'être constamment refusée aux embrassemens de son détestable bourreau ("1). »
Les femmes de l'aristocratie n'ont pas des mœurs plus pures ni plusidouces que leurs maris; elles s'abandonnent aux mêmes désordres, toutes les fois qu'elles en trouvent l'occasion. Stedman, qui raconte de si nombreux exemples de l'immoralité des hommes, a voulu se montrer moins sévère à l'égard des femmes. Il nous apprend cependant qu'elles s'abandonnent, en général, à toutes leurs passions, et principale-
(i) Stedman, tome II, ch. xm, p. 19, ao et ai. — Voyez aussi les p. 3i et 3a du même volume, et le tome I, ch. ix,
p, %f& et 9.0' 7.