‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 222 sur 253 · LIVRE Y, CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE Y, CHAPITRE XXXI

parties de l'Amérique , sont condamnés à être oppresseurs, jusqu'à ce qu'ils soient à leur tour opprimés ou expulsés. Ce danger paraît menacer surtout les habitans des îles où Ton ne trouve qu'un petit nombre de blancs au milieu d'une multitude de noirs, les états Hispano- Américains, où les blancs ne forment que la cinquième partie de la population, et même les blancs du Brésil , qui semblent ne pas exister dans une proportion beaucoup plus grande.

Il n'en est point de préjugé plus opiniâtre ni de plus propre à mettre les hommes en état de guerre, que celui qui tient à la supériorité des races ou des castes. Il peut être affaibli par le progrès des lumières, mais l'expérience n'a pas encore prouvé qu'il soit possible de l'effacer complètement. Cependant, il n'est peut-être pas impossible de l'affaiblir au point de le rendre inoffensif ; mais par quels moyens peut-on y parvenir ? Est-ce en déclarant que les cuivrés sont blancs ou que les blancs sont cuivrés? Suffit-il de déclarer que les blancs , les basanés , les cuivrés, sont tous de même couleur, ou que les couleurs sont abolies? On pourrait faire sans doute de pareilles déclarations et d'autres semblables ; mais il est probable qu'elles ne produiraient pas plus d'effet, dans les états américains, que n'en a produit en France la déclaration qu'il n'existait point de noblesse, et que tous les hommes étaient égaux. On n'avancerait pas beaucoup plus si l'on démentait le fait de conquête et de l'asservisse-

ment, ou si Ton déclarait que ce fait n'aura point de conséquence. Ce qui a été est irrévocable; quand un fait a existé, il produit des résultats qu'il n'est pas au pouvoir des hommes d'empêcher.

Si l'on veut se donner la peine d'observer ce qui produit l'orgueil et l'abaissement , on trouvera que c'est, d'une part, îe sentiment de la force et de la sécurité, et, de l'autre, le sentiment de la faiblesse et de l'impuissance. Le mépris que les individus d'une race ont pour les individus de l'autre , ne tient pas seulement à la pensée que les ancêtres des seconds furent jadis opprimés impunément par les ancêtres des premiers; il tient surtout à la pensée qu'il existe pour les descendans des uns, des garanties qui n'existent pas pour les descendans des autres. Ce qui inspire à certains hommes du mépris pour leurs semblables , ce n'est pas le sentiment de leurs qualités personnelles, c'est la persuasion bien ou mal fondée, qu'ils leur sont supérieurs par la force, qu'ils peuvent impunément les opprimer, et qu'ils ne peuvent pas être opprimés par eux. Lemoyenle plus efficace d'éteindre l'antipathie observée entre les races, dans tous les pays où il existe une classe d'oppresseurs et une classe d'opprimés , c'est la justice. Il ne faut pas déclarer que tous les hommes sont égaux, car ce serait un mensonge, et les mensonges sont un mauvais moyen de gouvernement; il faut faire, autant que cela se peut , que tous les hommes jouissent d'une protection égale. Tl faut que les mêmes qualités et

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