‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 229 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXXII

dont la nomination aurait pu leur déplaire (4). En \ 768 , les jésuites furent expulsés de ce pays et remplacés par d'autres missionnaires ; mais rien ne fut changé dans le mode d'administration , de sorte que nous n'avons pas à nous occuper de l'ordre auquel appartiennent les régisseurs (4).

Dans une société où tous les travaux se font en commun , et où les produits sont distribués à chacun par portions égales, il ne faut pas une législation fort compliquée. On n'a aucun besoin de lois, pour la garantie ou pour le partage des propriétés. On n'en a pas besoin pour régler l'état des familles , puisqu'il n'y a point de successions à recueillir, et que tous les enfans sont nourris aux dépens de la société générale. Enfin, on n'en a pas besoin pour l'établissement ou la répartition des impôts, puisque chacun contribue par son travail, et que les produits en sont déposés dans des magasins publics. Il ne faut, aune telle société , qu'une administration semblable à celle d'une grande famille ; et , en effet, il n'en existe pas d'autre dans le Paraguay, ou dans les autres établissemens formés par des missionnaires. Tout est réglé par la volonté des chefs principaux : les délits même , étant plutôt considérés comme des péchés, que comme des

(i) Bougaiirville, première partie, ch. vu, 1. 1., p. 126 et 127. — La Pérouse, tome II, ch. xi, p. 3oi.

(a) Azara, tome II, ch. xiii, p. a53 et a54.

offenses à la société , sont punis par les ministres de la religion (I).

Les fonctions des membres du gouvernement consistent à déterminer l'emploi que chacun doit faire de ses talens, selon les besoins de la société, à distribuer les outils nécessaires à l'exercice de chaque métier , à régler les heures pendant lesquelles chacun doit travailler, à recueillir et à conserver dans des magasins les produits de l'industrie de tous, à les distribuer de manière à ce qu'ils durent pendant tout le cours de l'année, à faire, avec l'étranger, le commerce que les besoins communs exigent, et à veiller à ce que chacun exécute la tâche qui lui est imposée : telles ont été, en effet, les fonctions des missionnaires (2).

Quoique la communauté de travaux et de biens soit la base fondamentale de ce genre d'associa tions, les fondateurs ont compris qu'il n'était pas possible d'établir une égalité absolue ; ils accordent en conséquence à chaque famille un petit

\i) La Pérouse, tome II , ch. xi , p. 296. — Azara , t. II, ch. xiii, page. 232. — Raynal , tome IV, liv. vni,p. 3o/ et 3o3.

(2) Azara, tome II, ch. xm, p. 23/» et 235. — Raynal , tome IV, liv. vin, p. 3i5. — De Humboldt, Voyages aux régions équinoxiales, liv. m, ch. vu, tome III, p. 149. — Les réglemens des jésuites, ont servi de modèle à tous les missionnaires. (La Pérouse, tome II, ch. xi, page 3o8. — Azara , tome II , ch. xn , page 117 et 2 1 8. ) Il ne faut pas en être étonné, puisqu'ils étaient soumis à une autorité com mune. De Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales, tome III, liv. 11, ch. vi,page 52.

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