LIVRE V, CHAPITRE XXXII
espace de terrain, et deux jours delà semaine pour les cultiver (A). Quelquefois ^ ils permettent aux hommes d'aller à la chasse ou à la pêche pour leur propre compte, sans autre obligation que de faire quelques petits présens de gibier ou de poisson aux chefs principaux de la mission (2). Ainsi, outre la propriété commune résultant du travail de tous les membres de la société, il peut exister quelques propriétés privées résultant du travail de deux jours par semaine, et du peu de temps accordé pour la pêche et la chasse.
Les chefs de chaque communauté distribuent à chacun Ja tâche qu'il doit exécuter. Les hommes sont généralement chargés de la culture des champs et de l'exercice de quelques arts grossiers ; ceux qui sont sacristains, musiciens ou enfans de chœur , sont chargés de tous les travaux à l'aiguille. Les femmes , outre les soins qu'elles donnent à leur ménage, sont obligées, tous les matins, de torréfier, et d'écraser sur une pierre, le grain qui doit servir d'alimens pendant le cours de la journée. Elles doivent, en outre, filer, par jour, une once de coton. Chacun devant son travail à la communauté , il n'est permis à personne de travailler en particulier (3).
(1) Azara, tome II, ch. xn , p. 218.
(2) LaPérouse, tome II, ch. xi, p. 3oa.
(3) De Humboldt , Voyages aux régions équinoxiales, tome III, liv. m, ch. vin, page 197. — Ulloa, Discours philosophiques, tome n, Disc, xviii, p. 4A et 45. — Vancouver, liv. iv, ch. ix , tome IV, p. 1 55. — La Pérouse, t. II,
Il y a, par jour, deux heures de prières et sept heures de travail ; les dimanches étant consacrés au repos , le temps des prières est de quatre ou cinq heures. A huit heures du matin/la peuplade s'assemble , et, après avoir baisé la main du missionnaire , elle est conduite , par des chefs , aux lieux de travail , les uns dans les champs, les autres dans des ateliers. Ils sont toujours sous l'inspection d'un magistrat ; de sorte que le travail ne peut jamais se ralentir (l).
Les membres de la communauté n'ont droit à des alimens sur les fonds communs, que pendant les jours qu'ils travaillent au profit de tous; ils doivent se nourrir, pendant les autres jours, des produits du terrain qui leur est accordé. Voici en quoi consistent les alimens que la société leur donne , et comment ces alimens sont préparés et distribués. Pendant que la peuplade assiste à la messe , on fait cuire au milieu de la place, dans trois grandes chaudières, de la farine d'orge dont le grain a été rôti avant d'être moulu; cette espèce de bouillie n'est assaisonnée ni de beurre ni de sel. Chaque cabane envoie prendre la ration de tous les habitans dans un vase d'écorce; lorsque les chaudières sont vides, on distribue le gratin aux enfans qui ont le mieux retenu leur
ch. xi, p. 299 et 3oi, — Azara, tome II, ch. xn etxm, p. 218, 233 , 234 et 25o.
(1) La Pérouse, tome II , ch. xi, p. 296. — Bougainville, première partie, ch. vu, tome I, p. 128 et 129. — Ulloa, Discours philosoph. , Disc, xvm , p. 44 et 45.