‹ Traite de législation; ou, Exposition des lois générales suivant lesquelles les peuples prospérent, dépérissent ou restent stationaires (volume 2)Chapitre 233 sur 253 · LIVRE V, CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XXXII

le prêtre sait déjà sur quel point il doit l'interroger, et comment il doit s'y prendre pour le convaincre. « Il s'établit entre le ministre de l'église et l'Indien qui se confesse, dit Depons, des débats d'une singularité piquante, Il est rare qu'on obtienne de l'Indien l'attitude d'un pénitent ; il s'agenouille en débutant ; il est bientôt assis à terre : et là, au lieu de déclarer ses péchés, il nie fortement tous ceux dont son confesseur lui demande l'aveu; il faut qu'il soit évidemment convaincu de mensonge pour qu'il se reconnaisse coupable de quelque péché; c'est souvent ce qu'il ne fait qu'à la dernière extrémité, et en maudissant ceux qui en ont informé le prêtre (4) » La confession finie , le pénitent est vigoureusement fouetté en public (2).

Chacun se devant presque tout entier à la communauté, du moment qu'il peut se livrer à quelque travail , il a été nécessaire de prévenir la désertion. Les chefs ne se sont pas bornés à interdire l'entrée de leur territoire à tous les étrangers sans distinction; ils Ont défendu d'en sortir à tous leurs subordonnés. Afin que cette défense ne devînt pas illusoire , l'usage du cheval a été interdit d'une manière générale; l'in-

(1) Depons , tome 1, ch. iv, p. 23i et 332.

(2) Bougainville , première partie, chap. vu, tome I , p. 126. — Raynal assure sur la foi des missionnaires, que plus les coups de fouet sont vigoureux, et plus les pénitens éprouvent de bonheur. Hist. philosoph. , tom. IV, liv. vm, page 3o2.

terdiction n'a été levée qu'en faveur d'un trèspetit nombre d'individus auxquels on a cru pouvoir se fier. Les précautions ont été portées plus loin : chaque peuplade a été environnée de fossés profonds ; des portes ont été mises à toutes les entrées > et des sentinelles ont été préposées à la garde de ces portes. Ainsi , toute personne a été circonscrite dans un espace d'environ cinq cents mètres de rayon (600 varas), qu'il ne lui a jamais été permis de dépasser , sous peine d'être puni de coups de fouet. L'usage des armes a été également interdit, afin de prévenir les insurrections (4).

(i) Azara, tome il, ch. xu, p. 217, 218, 243, 244 et 245. — Depons , tom.I, ch. iv, p. 323 et 324 , et II , ch. vi, prge i36 et 137. — De Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, t. I, liv. 11, ch. vi , p. 4^6 et 4^7- — Raynal, Hist. philosoph., torrc IV, liv. vm, p. 3i 4 , 345 et 346.

Page 1