CHAPITRE XXXIII
Des rapports entre les effets de la communauté de travaux et de biens, et les effets de l'esclavage.
On a déjà dû s'apercevoir de l'analogie qui existe entre le régime auquel sont assujettis les membres des communautés de travaux et de biens, et le régime sous lequel se trouvent les'esclaves des colonies ; on va voir que l'analogie entre les effets de ces deux régimes est encore plus frappante.
Les hommes soumis au régime de la communauté de travaux et de biens ne manifestent aucun genre d'activité physique ou intellectuelle. Ils se portent au travail avec une telle nonchalance 7 que soixante ou soixante-dix d'entre eux ne font pas plus de travail que huit ou dix de nos ouvriers d'une activité médiocre (i). Ils joignent la malpropreté à la paresse, et ne portent d'intérêt à rien ; il leur importe peu que les chefs des missions les élèvent à une dignité ou qu'ils les en fassent descendre (â). La vie même ne leur
(i)Ulloa, Disc, philosophiques, dise, xvm , p. 44 et 4& (a) Azara,tomc II, ch. xm, p. 255 et 257.
inspire aucun attachement ; ils ne se plaignent point quand ils souffrent ; ils meurent sans éprouver ni sans inspirer de regret (4). Ils sont si loin de mettre à rien la moindre importance, que les femmes ignorent la chasteté, comme les hommes la jalousie ; ils semblent n'avoir pas assez de vie pour se propager (2). Ils ne sont pas moins indifférens pour une vie à venir que pour ce qui existe dans ce monde (5).
(( Depuis près de trois siècles qu'on cherche à donner à cette misérable espèce d'hommes quelque idée du juste et de l'injuste, dit Depons, on n'a pu obtenir qu'ils respectassent la propriété d'autrui lorsqu'ils peuvent la ravir ; qu'ils ne fussent pas dans un état continuel d'ivresse lorsque la boisson ne leur manque pas ; qu'ils ne commissent point d'inceste lorsqu'ils en ont l'occasion ; qu'ils ne fussent pas menteurs et parjures lorsque le mensonge ou la violation du serment doivent leur être profitables ; qu'ils se livrassent au travail lorsque la faim du moment ne les y oblige pas (A). »
(i)Bougaiirville, première partie, ch., vu , tom. I, p. 128 et 129. — Azara, tom. II , ch. xm , page 256 , 257 et 258.
(a)Raynal, Histoire philosoph. , tom. IV, liv. vin, p. 3o4 et 3o5. — Azara, tome II , ch. xm, p. 256.
(3) Ulloa, Discours philosophique, dise. 20; p. 85 et 86. — Azara, tome II,chap. xm.
(4) Depons, tome I, chap. iv, p. 337 et 338. Azara, t. II, ch. xm, p. 255. — Dans quelques missions ils respectent les propriétés privées. La Pérousc , tome II, ch. xi , p. 3o2,